Hier, première visite à la Deep Griha Academy et c’est loin d’être la dernière !
Deep Griha, une ONG très active ici à Pune, qui s’occupe des familles pauvres des slums de plusieurs façons : une crèche prend en charge les enfants des mamans qui veulent travailler, une formation informatique est offerte aux jeunes qui veulent trouver du boulot dans cette voie là, un dispensaire et une formation des parents aux règles élémentaires d’hygiène et de nutrition, un atelier d’arts manuels pour les femmes avec vente de leurs produits, et j’en passe car je ne connais pas encore tout. Et puis, il y a cette école où je suis allée hier. Elle se trouve dans la campagne, à deux heures de route de Pune sur la route de Solapur.
Mais qu’allais-je donc mettre mon nez dans cette affaire ?
tableau d'affichage des enfants présents , rempli chaque jour. Ce jour là 152 en maternelle et 184 en primaire.
atelier peinture au tampon chez le petits de maternelle
Lorsque j’ai visité le centre de Deep Griha à Pune il y a trois semaines, j’ai été impressionnée par le professionnalisme et l’intégrité des gens qui gèrent tout ça. J’avais déjà projeté de « travailler » avec eux pour ce qui est des arts textiles avec une de mes amies très impliquée et j’attends son retour la semaine prochaine pour me lancer dans les ateliers de couture, broderie, patch, etc…. mais en voyant de plus près ce qu’ils font avec les enfants de la campagne, j’ai voulu aussi donner un peu de mon temps et de mes connaissances pour ça et donc je leur ai proposé de d’assurer des cours de musique….. enfin, c’est un bien grand mot…. disons que je vais essayer de faire de l’éveil musical, c’est plus correct !
La responsable- projet était enchantée, me disant que la musique est tellement importante pour le développement de la personnalité, qu’ils ont du mal à faire passer le message aux parents qui jugent ça plus comme du loisir (donc inutile) que comme une matière d’école. Ils ont déjà un prof de musique indienne qui vient de temps en temps pour leur apprendre à jouer de l’harmonium indien mais elle voudrait aussi une ouverture à la musique occidentale pour compléter leur formation. On a fait tope-là et voilà que j’y suis ….. pppffff, je ne sais pas si je vais être au niveau ….
Les "grande section" de maternelle se mettent en rang
L'autre classe de grande section
Donc hier, j’attends le bus de DG qui devait me prendre devant une station service à 10 minutes de chez nous. Minibus blanc, sans clim bien sûr, fenêtres à barreaux avec vitres coulissantes, vieux fauteuil au simili-cuir tout râpé …. Le top du top du bus normal indien , quoi ! :)
Deux dames étaient déjà assises papotant. J’apprends qu’elles sont d’anciennes instit qui vont à l’école tous les vendredis pour aider les instit là bas. En effet, ces derniers/dernières (deux instit hommes et les autres sont des femmes) sont formés directement par Deep Griha, ce sont des jeunes du coin qui donc connaissent bien les conditions de vie des enfants qui viennent. Discuter avec elles a été très instructif, elles sont adorables. Puis nous avons pris aussi une jeune américaine de l’Alabama qui termine ses études (Villages stories … je ne sais pas très bien à quoi ça correspond !) et qui vient passer 4 mois ici comme « volontaire » pour DG, et enfin, la responsable–projet, Ashleysha, femme adorable et étonnante de vivacité et joie de vivre. Et nous voici toutes les 5 en route pour l’école. Traversée des faubourgs de Pune, et la campagne….. champs de canne à sucre, vignes, vergers ….. qu’est-ce que j’aime ces paysages ! Et puis on voit tellement de choses rigolotes sur la route, comme cet équipage composé d’une vieille charrette en bois tirée par des zébus qui courent au trot sur l’autoroute…. J’adore ça !!!!
On somnole à moitié …. l’autoroute a été bitumée un jour …. Les chaos nous bercent, la chaleur, malgré les vitres ouvertes et le petit, tout petit vent coulis qui frôle nos visages, aussi….
Arrivée !
Les primaires prennent leur goûter
Il s’agit d’une ancienne « usine » de poterie qui a été désaffectée et rachetée par Deep Griha. Ils s’y sont installés il y a 7 ans, et ont ouvert avec 5 élèves. Au départ donc, la maison de l’ancien manager de la poterie suffisait. Aujourd’hui, elle abrite l’école maternelle. En tout, ils ont plus de 350 enfants chaque jour. Certains habitent à plus de 20 kms.
L'un des deux ateliers dont les murs sont encore debout
Devant la réussite de cette entreprise, ils ont du construire un autre bâtiment pour abriter les classes primaires. Initialement, ils pensaient réhabiliter les anciens ateliers en bâtiments scolaires mais les architectes consultés leur ont déconseillé car les fondations desdits bâtiments étaient insuffisantes et donc tout risquait de s’écrouler, et de plus, les toitures étaient entièrement à refaire. Ils ont donc construit un beau bâtiment tout neuf et prévoient si besoin, ce qui ne saurait tarder, vu le nombre exponentiel d’enfants inscrits, de le surélever d ‘un étage, voire même d’en construire un autre à côté. Pour ceci, ils sont sponsorisés par British Gas. Ils cherchent en outre le moyen de démolir les vieux murs pour faire un très grand espace de jeu. Mais les démolisseurs sont super chers. Suffirait que je leur envoie mes garçons, avec des masses, ils sont redoutables !!! ;)
Aujourd’hui, 7 ans après, ils ont plus de 350 enfants scolarisés !!! Et les effectifs ne cessent d’augmenter !
bâtiment des primaires
60% sont des élèves dont les parents paient et 40% sont boursiers. Pour ce faire, il ne suffit pas d’obtenir un certificat de pauvreté car ces certificats sont faciles à obtenir même quand les conditions ne sont pas requises, donc les responsables de DG vont dans les familles, voient leurs conditions de vie, le nombre réel de personnes vivant au foyer, etc… et ainsi attribuent aux plus nécessiteux une bourse. Par ailleurs, les prix sont plus bas pour les filles (car d’emblée, les parents ne scolarisent pas les filles s’ils ont des garçons, ces derniers étant prioritaires à leurs yeux), et pour les frères et sœurs d’enfant déjà scolarisé (pour ne pas défavoriser les plus jeunes d’une fratrie). Par contre, il est possible à qui que ce soit de parrainer un enfant en versant l’équivalent de 1000 roupies par mois. En retour, le « parrain » reçoit chaque semestre une lettre en anglais de son « filleul », ses résultats scolaires et des nouvelles de sa santé. Avis à ceux et celles qui seraient intéressés.
La scolarité est en anglais. Bien sûr, pour les petits de la nursery (dès 2 ans), c’est difficile, donc les instit parlent marathi en introduisant des mots d’anglais : Sit down , wash your hands, close your lips (pour leur indiquer qu’on mange en fermant la bouche), close your eyes (au moment de la sieste)….. et petit à petit, ils apprennent l’anglais. En maternelle, ils en apprennent de plus en plus et en primaire, tout est en anglais.
C’est important pour pouvoir leur donner l’opportunité d’avoir un travail plus intéressant et mieux payé (un chauffeur parlant anglais est payé deux fois plus qu’un autre ne parlant que marathi ou hindi). De plus, les études supérieures sont toujours en anglais donc si on veut leur donner la chance d’aller loin, ils doivent absolument parler anglais. Seuls 30% des indiens parlent anglais.
Les bâtiments de maternelle avec les jardin qui va avec. Avec les enfants, ils plantent des légumes, des fleurs et même des arbres comme des manguiers, afin de leur faire garder le contact avec l'agriculture.
Ici, la bibliothèque; tous les enfants de primaire y vont chaque jour. Les livres sont offerts par des particuliers.
Lorsque nous sommes arrivées, les petits de la nursery prenaient leur repas de midi. Chacun apporte son tiffin (boite –repas traditionnelle ici) car l’école n’a pas les moyens de nourrir les enfants. Par contre, ils leur font, comme d’ailleurs à la crèche en ville, des boulettes multivitaminées, à base de cacahuète et avec plein de trucs dedans (je les ai vu faire mais les ingrédients étaient déjà tous mélangés) et tous les jours, ils ont ça au goûter du matin.
Et puis, lorsqu’ils ont des opportunités, comme ce fut le cas hier, des gens leur ont donné des tomates, de concombres et des oignons, ils supplémentent les enfants. Donc nous les avons aidés à faire des sandwiches de crudités pour les classes de maternelles. Avec les enfants, nous avons coupé les tomates, les concombres et les oignons. On avait chacun un groupe d’une douzaine de petits, et un couteau, (suffisamment bien aiguisé pour se couper les doigts mais pas super bien pour les tomates…) et le but était que chacun coupe à son tour des rondelles de chaque légume….. C’était assez stressant car évidemment, ils se rapprochaient le plus possible pour voir leur camarade faire, donc les yeux à portée de couteau, et puis ils étaient assez maladroits…. forcément, entre 3 et 5 ans, c’est pas évident…. Et donc il fallait faire gaffe qu’ils ne se coupent pas les doigts, qu’ils ne coupent pas les miens, mais qu’ils arrivent néanmoins à couper des rondelles, et pas trop épaisses…. Lourde tâche, d’autant que tout se passe par terre, donc on se déplace sur les fesses et on croise les jambes du mieux possible pour prendre le moins de place possible. Mission réussie sans blessé!!!!
Puis, pendant que les instit faisaient les sandwiches, les enfants se sont mis en ligne par terre et nous leur en donnions un à chacun. Visiblement, c’était plus qu’un délice pour eux …. Leurs yeux brillaient et le « thank you miss » quand on leur remplissait leurs mains de cette tranche de pain de mie pliée en deux dont les crudités débordent par tous les bords, …. ce n’était pas qu’une formule apprise par cœur mais vraiment un cri du cœur ! Chacun avec son trésor partait s’assoir sur le muret qui fait le tour du préau pour mâcher lentement avec bonheur. C’est vrai que leur alimentation de base, c’est chapatti (farine complète, sel et eau) et pommes de terre avec quelques légumes cuits et recuits, principalement des petits pois et des oignons. Peu de vitamines. Des crudités, ils n’en ont quasiment jamais, ce n’est pas du tout dans la tradition culinaire.
On se lave les mains avant de s'assoir pour le repas
Une des deux classes de grande section.
Non, vous ne rêvez pas, ce sont bien des mots inscrits au tableau. Car ici on doit savoir lire, écrire et compter en arrivant au primaire. En petite section, on apprend les lettres, les chiffres et les additions du type 12+13, en colonne. Et en grande section (pas de moyenne section), on apprend à lire et les additions avec les centaines et les retenues.
Déjeuner des grands de maternelle
récré
Chacun mange son sandwich aux crudités
Nous sommes aussi allées (Elizabeth et moi) dans le bâtiment des primaires. Les enfants de la classe de grade 4, ce qui correspond au CM1 chez nous (8° pour les anciens) étaient sans professeur et donc étaient censés travailler seuls la géographie. Mais on a investi la place, trop heureuses de passer du temps avec eux ; et eux étaient ravis !!! D’ailleurs on a fait de la géographie : on a sorti la carte du monde et on a cherché l’Europe, la France, Paris, Nantes…. Et l’Amérique, les USA, l’Alabama, etc… et je leur ai demandé ce qu’ils connaissaient comme pays mais à part l’Inde, la Chine et le Pakistan, on n’allait pas beaucoup plus loin. Alors on est tous partis en voyage imaginaire dans la map-monde et pour chaque pays, j’essayais de dire ce qui pouvait être important, au niveau touristique (la statue de la liberté) ou sur la faune (les kangourous d’Australie) ou le climat (la neige du Groenland)…. Bref, c’était rigolo. Et puis j’ai commencé à explorer leur culture musicale….. ooooops, y’a du boulot !!!!
Quand je leur demande de me chanter une chanson qu’ils connaissent, ils sont ravis et en cœur, ils scandent ce qui ressemblerait plus à une rengaine de GI américain en train de courir sac au dos…. Aucune mélodie…. Si je leur demande de répéter après moi trois notes d’une chanson simple, c’est impossible : même une seule note, ils ne peuvent pas la chanter juste …. Par contre, pour le rythme, c’est pas trop trop catastrophe….. je tape dans les mains : deux noires, deux croches et une noire. Ca marche, ils tapent en rythme. J’essaie deux croches une noire deux croches une noire, ça marche encore. Triolet, noire, triolet, noire….là, ça commence à cafouiller …. Bon tout n’est pas perdu, on va pouvoir faire quelque chose, mais ça risque d’être long et peut être parfois décourageant, mais j’y crois !!!! Et puis les filles m’ont demandé une histoire de mon pays …. Oups, là, je suis un peu prise de court …. Je me dis que les filles, ça aime les histoires de princesses et de fée (oouh les clichés !! J) alors nous voilà parties pour Cendrillon. Elles ne connaissaient pas et ont été emballées !! Même si mon anglais était plutôt nul ….
Puis la prof, après une bonne heure, est arrivée, et on a du aller voir ailleurs. Pas eu le temps de les prendre en photo …. Dommage.
Retour en maternelle, mais les petits étaient partis, rentrés chez eux. Nous avons alors assisté au lever de la sieste de la nursery. Ils dormaient tous les uns contre les autres sur un tapis par terre. A peine réveillé, chacun prend son tiffin et va se mettre en rang d’oignons sous le préau et commence, peu convaincu, à manger. Difficile de se réveiller ….. ça dort debout !! trop mignons !!!!
Et voilà, la journée se termine, les derniers enfants partent à 15:30 et nous aussi, dans notre minibus. Là, j’avoue que la chaleur aidant la fatigue de la journée, j’ai dormi, bringuebalée par les cahots de la route, pendant une petite heure. Le trajet a donc paru moins long. Rendez-vous est pris pour la semaine prochaine, mais là, avec un vrai programme pour moi. Aujourd’hui, ce n’était qu’une visite de découverte.
Bon, je crois que certains vont encore râler : mon article dépasse les 2400 mots …. Je vais tâcher de le lancer sur internet mais depuis deux jours, on a une connexion à 30kB/s, donc je crains qu’il ne faille attendre longtemps avant que tout soit chargé. Patience et longueur de temps font plus que force ni rage…. La Fontaine devait vraiment être indien….
Quel bonheur de te lire... ça me rappelle des souvenirs, quoique sur un autre continent...
RépondreSupprimerUne nouvelle aventure qui démarre... bonne chance !