dimanche 28 octobre 2012

du chef au train, et non pas le chef du train

Ça commence par le chef, celui qui a un habit blanc et un chapeau dont on se demande comment il tient... un chef de cuisine quoi!

Vendredi matin, j'hébergeais une activité du WIN à la maison, une cooking demonstration. On attendait 23 participantes donc j'ai préparé l'appartement pour que tout le monde puisse s'assoir et voir.
 Arrivent l'organisatrice et le chef ...puis les 29 personnes intéressées..... que de monde!
 Elles étaient toutes très intéressées par les recettes de desserts. Mais ce sont des recettes indiennes et veg qui plus est, donc pas d’œuf. J'avoue que je n'ai pas vraiment écouté ce qu'il disait car j'étais occupée à vérifier que chacune avait ce qu'il fallait comme tasse, verre, café, thé, etc.... et en plus, j'avais la feuille de recettes sous les yeux et, comment dire, ..... ben je suis française, déjà, ça donne une idée de ce que le mot cuisine sous-entend, et en plus, d'une famille où la cuisine est un art dont l'apprentissage est obligatoire, donc m'ébaubir en le voyant monter son lait de soja en crème fraiche.... ben.... pas trop, non....
Donc au début, elles étaient vraiment toutes passionnées, et petit à petit, j'ai vu les allemandes commencer à rire sous cape.... en fait , c'était toujours un peu pareil: on fait de la crème de soja ou du yaourt fouetté et on rajoute de la pulpe de fruits ou du chocolat fondu


Et puis, sur la fin, une amie allemande est venue me voir en riant: "Delphine, rassure moi, tu mets des œufs dans tes crêpes, hein?"
Oui, car le chef, aussi réputé soit-il, et même venant de Chennai , et bien, ce chef, il fait des crêpes en mélangeant de la farine, de la levure et du lait ...... rien d'autre...
Alors avoir eu le culot de baptiser son truc "crêpe suzette" ... trop fort ! ceci dit, il en a revendiqué l'invention, donc je la lui laisse bien volontiers!
Les échantillons pour gouter .... tout est parti en un clin d’œil mais rien ne m'a emballée! Ceci dit, c'était très sympa comme ambiance et j'étais contente de revoir mes amies.

Puis samedi matin, lever 6 heures car Etienne et moi prenions le train pour Bombay.
 
 On a bien ri en voyant notre train arriver en gare de Pune avec les deux gars sur l'avant de la loco. Je ne sais pas s'ils y sont restés jusqu'à Bombay ou pas, mais ça fait un drôle d'effet.

 Etienne était convoqué pour sa JAPD sur la frégate Dupleix qui faisait escale quelques jours sur le dock Indira Gandhi.
Le Dupleix est en mission de 4 mois pour lutter contre les pirates en mer Rouge, en Mer d'Arabie, ... ils sont partis début septembre de France, ont fait escale à Djibouti, Dubaï, Bahrein et rentrent en décembre au bercail. J'ai pensé à toi Kristenn et à ton mari qui a fait cette mission là récemment sur son bateau.
Le lynx dans son hangar.

J'ai laissé Etienne avec les 6 jeunes habitant Bombay et les militaires et suis allée me balader dans Mumbai.
photo spéciale pour Gildas!

J'avais envie d'aller voir la synagogue bleue, je n'ai pas été déçue, c'est magnifique!
En fait, il y avait beaucoup de soleil et donc on ne voit pas qu'elle est entièrement bleu pétard, même la face avant qui semble blanche sur la photo est peinte en bleu pétard. C'est super agréable de voir des bâtiments colorés comme ça!
Elle a été construite en 1884 par les descendants de la famille Sassoon. C'est une famille de juifs séfarades installés à Bagdad depuis la fin du XVIII° siècle, ayant fui les persécutions d'Espagne. Ils étaient propriétaires de filatures de textile. David Sassoon eut encore à fuir Bagdad en 1826 à cause de l'oppression faite alors sur les juifs. Il émigra en Perse, puis finalement arriva à Bombay où il s'installa, profitant des lois anglaises qui les protègeraient des persécutions, où il pourrait développer sans souci son commerce et où il pourrait offrir une bonne éducation à ses enfants.
Il est aujourd'hui encore reconnu comme philanthrope dans la région car il dota la ville de Bombay, mais aussi Poona, de synagogues, de bibliothèques et autres bâtiments d'utilité publique.
Parmi les deux synagogues construites par la famille Sassoon à Bombay, il y a celle-ci. Elle est vraiment très agréable, il y  fait frais alors que dehors, la chaleur de fin octobre est terrible. Le soleil y entre joyeusement, pas de bruit. Et une vieux rabbin adorable qui vient me raconter l'histoire de cet endroit.
Les femmes en haut, les hommes en bas

les tables de la Loi


Le sol est fait de carrelage entièrement importé d'Angleterre, fabriqué à Stock-on-Trent, berceau de l'industrie céramique anglaise.
le vieux rabbin était tout content de me montrer aussi des articles de journaux allemands (datant de plus de 20 ans!) parlant de sa synagogue, ainsi que les photos des gens importants venus se recueillir ou simplement visiter. Je n'en connaissais aucun ... mais il m'a montré une photo sur laquelle on voyait Madonna, en short rikikiminus et casquette mickey ..... super fier que Madonna soit venue chez lui !! Ça m'a bien fait rire!

Sortant de là, je suis passée devant Sassoon Library, une bibliothèque construite par les Sassoon.
Un tour à la Jehangir Art Gallery pour voir un peu de peinture et un stop au "bar" pour trouver un coca bien frais, puis vers l’hôtel à pieds...
Le soleil commençait à décliner mais il y avait encore quelques joueurs de cricket sur la grande prairie.
la tour de l'université sur la droite

Là, photo spéciale pour Pierre puisque en aout, il était difficile d'avoir Gandhi au crépuscule. 

Passage sur Marine Drive ...... ben je vous assure que l'odeur à cette saison, c'est pas cool .... je suis sure que la boutique d'Ordralfabétix et Ielosubmarine sentait meilleur ......

Etienne m'a rejoint à l’hôtel avec tous ses diplômes de bon citoyen - bravo!- un diner rapide, une heure de boulot (toujours cette terrible dissert de philo!) et au lit de bonne heure car le train du lendemain sera tôt!

Très drôle ce train de retour.... j'avais pris les billets sur internet, et comme le train en question n'avait pas de 1st AC, j'ai pris ce qu'il me semblait être une seconde classe.
Nous avons réussi à trouvé le quai, ce qui, en fait, n'était pas complètement évident car il n'était pas sur l'un des quais qu'on voit depuis le grand hall, donc il fallait contourner des bâtiments, suivre son instinct, et trouver le quai 14 ¾ ...... puis comprendre dans quelle voiture nous étions. Ce ne fut pas chose très aisée, d'autant que les 9/10° des gens ne parlaient pas anglais, mais Etienne a été impérial et nous avons trouvé notre voiture qui s'est avérée être une voiture couchettes! En effet, le train allait à Bangalore .... 24 heures de voyage!

L'allée, assez étroite, vous en conviendrez, qui mène aux couchettes. Pas de panneaux en dur mais que des rideaux. Quand on fait un voyage de nuit, il est normal et conseillé d'accrocher ses bagages avec une chaine et un cadenas pour éviter de se retrouver sans rien à l'arrivée.

Nous n'avons pas abaissé la couchette puisque nous n'avions de 3 h 40 de voyage, donc deux fauteuils suffisamment confortables mais par contre, le train roulait tellement que mon livre avait une amplitude d'environ 30 cm, impossible de lire!
Mais en bon jeune qui sait vivre, ET avait son casque et sa musique !!!! Bien joué!!!
et donc, on finit l'article du we par le train !

mercredi 24 octobre 2012

La GPO

Ce jour-là, vous disais-je dans l'article précédent, ce jour là, nous avions un programme très chouette: pas très loin de la maison donc on ne laissait pas Guillaume trop longtemps tout seul, et on faisait ça en voiture pour écourter les temps de trajets car, même si c'était bien faisable à pieds, vus la chaleur et le soleil terriblement mauvais, un peu de clim en voiture fut bienvenue. Alors Imran ce jour-là a commencé à comprendre que nous étions VRAIMENT des expats bizarres. Il ne connaissait pas la moitié des endroits où nous lui demandions d'aller pendant tout le séjour de Valentin. Il avait été habitué aux zones de shopping par ses précédents patrons, puis aux endroits de boulot par Guillaume, mais du tourisme historique..... jamais à priori.... au début, il nous demandait si vraiment on voulait aller là, alors il téléphonait à ses collègues pour avoir des infos, et puis finalement, il s'est laissé guider par mon GPS de téléphone car nous, nous savions exactement où nous voulions aller!

Quand je lui ai dit "Now, we go to the GPO", il était super content car il savait où c'était. Et il me dit "mais je peux vous poster votre courrier si vous voulez!" ..... GPO= General Post Office ... non non, on veut juste aller voir! ..... yeux ronds..... voir la poste??????????????? .... ben oui !

Avec le développement de Poona, il fallut mettre en place des infrastructures nouvelles dans la ville, telle une poste. La GPO allait devenir un centre important de la ville car c'était symboliquement là que se faisait la liaison avec le monde.

Construite entre 1873 et 1874, elle a été bâtie selon un modèle d'architecture néo-palladienne. C'est le seul édifice de Pune de ce style. Si ça vous intéresse, je vous laisse découvrir de quoi il s'agit  par vous-même car je crains que ce ne soit boring pour beaucoup d'entre vous. Allez donc là si ça vous chante:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Palladianisme

C'est assez imposant . On est loin du gothique, n'est-ce pas? Mais bon, pour une poste, peu importe ;) Le problème, encore, c'est qu'on a peu de recul pour prendre une photo complète du bâtiment..... pas de grand angle !


L'intérieur devait être déjà ainsi, exception faite des fans et lumières électriques, des nouveaux logos de la poste indienne et des sièges en plastique. Un portrait de Gandhi est la seule décoration.

En face de l'entrée, un joli petit jardin connu pour deux choses importantes: son énorme banyan et les hathi dagads.
Alors, le banyan, j'ai zappé de le prendre en entier.... on ne fait qu'apercevoir quelques branches sur la gauche. Le jardin était fermé par une grille alors j'ai demandé à un monsieur qui semblait être un employé (d'un assez haut niveau à priori vu son vêtement et son anglais parfait) où sont les hathi dagads. Il était étonnamment heureux d'entendre ma demande.... et avec fierté est allé nous ouvrir la porte du petit jardin.


hathi dagads = pierres d'éléphant
On raconte encore aujourd'hui que lorsque le courrier arrivait de Bombay, de Calcutta ou Delhi, c'était sur le dos de pachydermes. Ils étaient chargés d'énormes chargements pleins de lettres, de paquets, contenant des nouvelles d'Angleterre, des consignes du Vice-Roi, des factures des entreprises de Calcutta, des avancées de conquête dans le sud, etc .... Les éléphants devaient alors être déchargés et on les attachait à des pierres qu'on a désormais appelées les hathi  dagads.

Voilà, j'ai compris pourquoi le chef des éléphants de Kipling s'appelle Hathi ..... Kipling parlait simplement hindi!

Déception..... quand on voit la taille des soi-disant - énormes rochers -, on se dit qu'il y a un lézard, soit dans la légende, soit dans les cailloux d'aujourd'hui..... je ne crois pas qu'un éléphant puisse avoir des difficultés à soulever ces cailloux pour se libérer  l'envie leur prenant ! Regardez, au premier plan, un petit rocher rond, le même deux mètres plus loin devant le portillon et le troisième, plus gros celui-là, à gauche le long du mur.
Mais qu'à cela ne tienne, moi, j'aime bien cette histoire de rochers d'éléphant donc je reste avec la ferme conviction qu'ils servaient bien à ça et que simplement c'était psychologique: se voyant attaché au rocher, l'éléphant restait sage.

Autre "attraction" de la GPO, la Zero Stone.

Dans de nombreuses villes de part le monde, la poste centrale était considérée comme le cœur de la cité. Les distances à l'intérieur de la ville étaient souvent mesurées à partir de ce point central ainsi que les distances entre les villes elles-mêmes. Pour être encore plus précis, on érigea des Zero Stone, pierres-bornes situées  au plus proche de la poste. Celle de Pune est en dehors de la GPO, le long du mur d'enceinte, sur le trottoir sous le grand banyan. On n'a pas eu de mal à la trouver mais surprise, un monsieur faisait sa sieste.... difficile d'être encore plus près que lui du cœur de la ville!


Les inscriptions sont encore bien claires. Mais pour ceux qui ne savent pas que Poona est devenue Pune, il y a de quoi se perdre.... au sens propre et au sens figuré ...

Saint Paul Church

Située au cœur du Poona britannique, l'actuel quartier nommé Camp (diminutif de Cantonment), Saint Paul Church a été la deuxième église construite dans la ville.
aquarelle datant de la fin du XIX° siècle

En effet, les troupes arrivaient de plus en plus nombreuses, et avec leurs familles donc il fallait prévoir suffisamment de lieux de culte pour tous. Celle-ci a été assez particulière car construite à partir de pierres issues de décombres des alentours, donc rien de très homogène sinon que les pierres ont été bien alignées.

L'architecture...... je ne sais pas trop ... des contreforts, des doubles fenêtres étroites et verticales, surmontées d'arches en pointe, des gargouilles sculptées le long de la gouttière, .....
En cherchant sur internet, je trouve que c'est du pur gothique ... anglais! Quand on sait qu'ils ont construit cette église en voulant imiter la Sainte Chapelle de Paris, on se dit qu'ils ont du louper une étape... mais bon, j'aime beaucoup cette petite église néanmoins, elle est vraiment mignonne.
 la décoration de la porte principale, avec ses créneaux, ses arches, colonnes, gargouilles ... on dirait qu'ils ont voulu faire une entrée de château-fort!
La tour est bien haute , si haute que j'ai eu un mal fou à la prendre en entier, j'étais coincée le long du mur, à genoux, l'appareil au ras du sol.... mais je l'ai eue!!!

Autour de l'église, là où il y a 100 ans s'étendait un beau jardin bien entretenu par les paroissiens, ce sont désormais des constructions scolaires et des tas d'enfants se pressaient ce jour là car nous y étions à l'heure de la sortie des petits. Tous en uniforme jaune poussin, ils étaient super adorables. Mais quel raffut!!! Alors le gardien nous fait entrer  et là, silence.... fraicheur.... beauté...

30 mètres de long, 10 mètres de large, 13 m sous l'encorbellement, .... un bel havre de paix. Mais cette église n'est pas que belle, elle a une histoire très jolie aussi.
Vous voulez que je vous la raconte ? allez, je vais essayer de faire rapidos!..... enfin, vous me connaissez, rapidos quand j'écris, c'est  très relatif.....

Depuis quelques temps, dans les années 1860, l’évêque de Bombay sollicitait du Gouverneur la construction d'une nouvelle église à Poona;  la seule existant, Ste Mary, devenant vraiment trop petite face à la croissance de la population. Le Gouverneur, Sir H Batle, un gallois qui reste parmi les plus populaires des gouverneurs britanniques  dans la mémoire collective, le gouverneur donc, une fois les finances de l'état remises à flots, donna les fonds nécessaires à la construction de St Paul. C'est ainsi que la construction débuta en 1863, la première pierre fut posée le 29 aout par le Gouverneur devant plus d'un millier de personnes. Consacrée en mars 1967, elle pouvait contenir environ 250 personnes et était destinée à l'usage des familles des officiers civils. La charge de faire les croquis de la chaire, de l'autel et des candélabres avaient été confiée à l’École des Beaux Arts de Bombay. L'ensemble de la construction coûta environ 8 millions d'euros d'aujourd'hui.

Tout allait bien jusqu'en ce jour de juillet 1900. La mousson battait son plein et les tôles du toit n'assuraient plus l'étanchéité. Assister à l'office avec un parapluie n'était pas très simple donc des travaux ont été demandés et des plombiers montèrent sur le toit avec leur poste à souder. Pendant 4 jours, ils s'affairaient là-haut, les fuites diminuaient et le 5 juillet, ils descendirent prendre leur repas de midi, laissant tout leur attirail sur le toit. Un fort vent, le poste à souder qui lance des étincelles..... il n'en faut pas plus pour mettre le feu aux poutres..... le temps qu'on s'aperçoive de la catastrophe, c'est trop tard! L'église est en feu, on ne peut plus rien faire....

Selon le Time of India de ce jour là: ' l'orgue avait déjà disparu sous un monceau de débris enflammés, recouvert par les tôles  du toit rougies par la chaleur. L'autel disparaissait derrière les flammes qui léchaient aussi le retable et les fonds baptismaux. Les vitraux avaient fondu et les bancs n'étaient que braises.' ( je ne mets pas de vrais guillemets car pour être exact, c'était écrit en anglais et j'ai traduit, donc je ne crois pas qu'on puisse dire que j'ai cité vraiment)

Après 11 mois de restauration, le service reprit en juin 1901.

Durant la restauration, un petit orgue temporaire avait été prêté par des gens de Bombay pendant que les croquis de l'ancien orgue ainsi que ce qui avait pu en être récupéré (quelques tuyaux) furent envoyés à Calcutta chez un facteur qui fut chargé d'en faire un nouveau à partir des restes de l'ancien.
Pendant 10 ans, le petit orgue transitoire servait pour l'ouverture des services et on fit des concerts pour financer la construction d'un nouvel instrument. En février 1910, enfin,celui-ci fut installé, dans une chambre spéciale conçue pour lui derrière la chaire. Parmi ses registres, on pouvait et on peut encore entendre certains qui sont issus de l'ancien orgue, tels une gambe, une flûte très douce et un bourdon.

c'est vraiment bien joli de lever les yeux

En février 1904 débarqua en Inde le nouvel évêque de Bombay, Mgr Pym, accompagné de son épouse Lucy Ann. Celle-ci mourut à Poona le 6 aout suivant .... la pauvre, l'Inde lui a été fatale! En mémoire de son épouse, Mgr Pym fit faire un très beau retable en marbre qu'il offrit à St Paul Church. Ouvrage d'un sculpteur anglais, sur le thème de la transfiguration, il est remarquable par les traits fins des visages et par ses mosaïques délicates




Pour remplacer les vitraux qui avaient fondu, une grande souscription fut lancée et grâce à elle, on put faire faire à Londres par des artistes prestigieux de l’époque un vitrail majestueux, placé dans le chœur derrière l'autel. Il fut dévoilé en juin 1702, illustrant la Résurrection d'un côté et l'Ascension de l'autre. Il fut dédié à la Reine Victoria (mais qu'est-ce qu'elle avait à faire dans cette histoire????? )

Ce jour-là, avec Valentin, nous avions un programme de visites bien agréable : Saint Paul Church, la GPO,  Peshwe Daftar , et Council Hall .... ça va faire l'objet des articles suivants.

Mais Valentin n'est plus avec moi pour m'aider dans mes recherches, je l'ai laissé à l'aéroport de Pune la nuit dernière. Ensuite, comme à mon habitude, je me connecte aux sites des aéroports concernés pour savoir si les avions ont bien atterri et bien décollé, en temps et en heure. Hier, chose vraiment bizarre, l'avion de Pune a bien atterri à Bucarest, mais d'après l'aéroport de Bucarest, n'en n'est pas reparti vers Francfort. Et si je demande à Francfort où est le vol LH 769, on me répond qu'il n'existe pas..... pas de vol en provenance de Pune, pas de vol en provenance de Bucarest....

MAIS OU EST LE VOL LH 769 ?????.... disparu au coin de la rue... on l'a jamais revu?

siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii..... au bout d'un long moment que mon greemlins cérébral a mis à profit pour bien m'inquiéter, j'ai eu l'idée d'aller voir sur le site de la Lufthansa et là, magnifique: le LH 769 a bien atterri à Francfort, avec même de l'avance. Et le LH 1036 est bien parti d'Allemagne, s'est posé sans encombre à Paris.... donc ouf, à priori Valentin est bien arrivé en France.
Ce matin, j'avais un mail de sa secrétaire particulière qui m'indiquait qu'il est arrivé en pleine forme chez ses cousins et qu'il roupille tout son saoul ... merci Phéline pour l"info ;)

et merci Valentin pour être venu en vacances ici, c'était cool

mardi 23 octobre 2012

Ganeshkind

Toutes les bonnes choses ayant une fin, le séjour de Valentin est terminé, il est actuellement dans l'avion qui le mènera à Bucarest, Francfort, Paris et enfin Nantes ce soir très tard..... C'était vraiment chouette de l'avoir avec nous durant ces semaines assez mouvementées.

J'avais préparé des articles sur nos visites depuis un bon moment mais internet ces derniers jours a été terriblement capricieux, jusqu'aux mails que nous ne pouvions plus consulter .... coupés du monde pendant quelques jours ....
ça a l'air d'aller un peu mieux donc je profite des quelques bits disponibles pour avancer.

Revenons donc à nos visites

Avant d'aller aux Pataleshwar Caves Temple, nous étions partis vers l'Université.....


L'Université de Pune est le fleuron du système éducatif indien, Pune étant , tel qu'on peut le lire dans les articles sur l'Inde, la destination d'études la plus prisée pour les étudiants du monde entier (un peu chauvins les indiens quand même !).

Créée en 1948, l'université est devenue depuis, l'un des principaux centres de recherche et d'enseignement dans le pays. D'ailleurs, Pune est connue pour être l'"Oxford de l'Inde", ça, c'est véridique!
Elle s’étend sur un campus de plus de 160 hectares au nord-ouestde Pune. Abritant 40 départements offrant chacun un vaste  programme d'études, elle propose en outre des environs paisibles et une atmosphère idéale pour poursuivre des études dans divers domaines de la science, des arts, du commerce et des langues.

Mais avant d’attirer des étudiants, cet endroit, au sud-ouest de la gare de Kirkee, était le lieu de résidence du gouverneur de Bombay pendant les mois de mousson.


 Nous allions là-bas pour retrouver un bâtiment que je rêvais d'aller voir depuis longtemps, le Ganeshkind.
Malgré son nom, je crois que ça n'a rien à voir avec le dieu Ganesh puisque c'est un bâtiment construit par les anglais pour les anglais.

photo de 1930

Commencé en 1864 et terminé en 1870 pour un coût énoooooorme de 16 lakhs (environ 180 millions d'euros d'aujourd'hui), situé, très symboliquement, sur une partie du terrain où s'est passée la terrible bataille de Kirkee, qui, définitivement, livra l'Inde marathe aux britanniques, Ganeshkind a été construit pour être la Résidence du Gouverneur de Bombay lors de la saison des pluies. 
En effet, du fait de sa situation géographique, la mousson est bien plus facile à vivre à Pune qu'à Bombay, donc le gouvernement anglais de Bombay dans sa totalité faisait une migration annuelle jusque là. C'est pour cela que la ville a des batiments si intéressants encore aujourd'hui.

A l'époque, il fallait un peu plus d'une heure d'une jolie promenade de 4 miles pour y arriver depuis Poona (nom anglais de l'actuel Pune). Aujourd'hui, malgré les voitures à moteur, on ne met guère moins de temps..... vitesse moyenne en ville :30 kms/h à cause de la circulation difficile et des ornières sur les routes.

Nous sommes donc entrés dans l'université, à la recherche de ce bâtiment qu'aucune pancarte n'indiquait. Tout à coup, il apparut, juste devant nous et j'avoue que je suis restée bouche bée devant la majestueuse prestance de ce Ganeshkind. Je ne m'attendais pas à cela.

De style gothique italien (à la sauce anglaise, évidemment!), sa longueur totale de 800 pieds, soit environ 250 mètres, ainsi que le recul limité à cause des escaliers derrière moi, le rendent très difficile impossible à photographier en entier avec mon appareil.... il aurait fallu le gd angle d'ET..... je reviendrai avec lui !

Il est constitué de deux ailes séparées par une partie centrale plus basse et flanquée d'une haute tour d'une trentaine de mètres.
Le rez de chaussée de l'aile sud était ouverte au public qui pouvait accéder au Durbar (gd salon de réception) de belles dimensions puisqu'il ne faisait pas moins de 25 mètres sur 10, les murs peints en blanc et or. On imagine aisément le luxe avec lequel il devait être meublé ..... Une salle à manger toute de chêne lambrissée (chêne importé d'Europe, bien entendu) affichant sur ses murs de beaux portraits, une galerie de tableaux pour le plaisir des yeux, des couloirs ornés d'arcades sculptées de part et d'autres, etc.... tout à l'intérieur était fait pour montrer le faste et l'élégance de l'Angleterre impériale. A l'étage supérieur, des suites pour les invités du Gouverneur.

L'aile Nord, quant à elle, était réservée au gouverneur lui-même et sa famille, son bureau, ses appartements privés. Ça ne devait pas être moche non plus!
Des terrasses, vérandas, jardins d'hiver .... rien n'était laissé au hasard, tout devait être magnifiques, jusqu'aux plus petits recoins!

Sur les deux grandes façades, des médaillons gravés ont attiré notre attention. Il s'agit des armes de chaque gouverneur de Bombay. je ne les ai pas comptés mais il y en a pas mal ....
A l'extrémité nord, les écuries, aujourd'hui transformées en .... papotoir à gardiens? Nous tentons de faire le tour complet de l’édifice... rien ne nous arrête, et d'ailleurs personne ne nous arrêtera, juste un gusse qui me siffle pour me dire que les photos sont pas permises.... ahh bon? je pense qu'il faisait un excès de zèle....


Des détails d'architecture  nous amusent comme la façon dont sont articulées les parties supérieures de fenêtres
ou les échauguettes (heureusement que Valentin est là pour me donner les noms exacts .... moi, j'aurais dit "un truc comme dans un chateau-fort"....)

Autant du côté ouest, l'extérieur est propre mais sobre: pelouse coupée nette, fontaine propre.... autant le côté est, est quant à lui bien plus travaillé:
des parterres de fleurs super bien entretenus, avec dans chaque parcelle, une plante différente poussant à foison. Tout était en fleur, donc un régal de couleurs et de senteurs.....
En plus, on avait l'impression que les étudiants de botanique s'appliquent à développer leurs talents dans les greffes, les sélections d'espèces, etc..... du beau boulot!

La tour, haute de 30 mètres environ, est bien ouvragée aussi. Elle servait de réservoir d'eau. A cette époque encore, on craignait énormément les incendies et il fallait penser à un système anti-incendie en cas d'urgence.

Les sculptures sr pierre ne manquent pas , c'est vrai joli.

Outre le bâtiment du Gouverneur et les jardins attenants, il y avait au sein de ces 160 hectares de terrain, de nombreux bungalows pour les visiteurs et pour le personnel, une tour avec une grande horloge (pas trouvée, peut-être n'existe t elle plus...) et même un temple , le temple de Chattrasinghi.

Mais ce qui faisait aussi la fierté des anglais, c'était le terrain de cricket .  On dit de ce terrain de cricket qu'il est historique! Les plus beaux matches de l'histoire du cricket indien de l'époque, dit-on, s'y sont déroulés. En effet, Lord Harris, un des gouverneurs de Bombay, avait été capitaine de l'équipe nationale britannique de cricket et même en tant que Gouverneur, il continuait à jouer à haut niveau. Il semble qu'il ait fait beaucoup pour développer ce sport en Inde, enfin, pour les anglais car il refusait les subventions pour construire des terrains de cricket pour les "indigènes".

Sa nomination ne faisait pas l'unanimité puisque un auteur, resté anonyme, lança dans un journal de grande audience en 1890, un poème exprimant l'espoir que Bombay n'aurait trop à souffrir de son inexpérience.
J'ai trouvé quelques articles de journaux de l'époque qui montrent que Lord Harris était plus intéressé par le cricket que par son devoir. C'est ainsi que lors des émeutes de 1893 qui ont très violemment secoué Bombay, il était à Poona; il n'est retourné à Bombay qu'au 9° jour des émeutes, simplement parce qu'un match important devait y être joué....
Quand Harris quitta l'Inde en 1895, ayant superbement ignoré les famines, les émeutes et les incidents inter-communautaires, il ne fut pas regretté! Un historien indien, Ramachandra Guha, publia un ouvrage rassemblant tous les articles de journaux relatifs à sa gouvernance. La préface était claire:
"Never during the last hundred years has a Governor of Bombay been so sternly criticised and never has he met with such widespread unpopularity on account of his administration as Lord Harris."

Mais aujourd'hui, les étudiants ont oublié tout ça pour ne garder que le plaisir de jouer au cricket!

Retenons qu'il y a beaucoup de verdure, de grands arbres sous lesquels l'ombre est douce.... un endroit parfait pour un pique-nique de WE, spécialement pour les familles en quête de place pour faire courir leurs petits enfants.....