En 6 jours d’hospitalisation, il y a eu tellement d'anecdotes bizarres, qu'on aurait du les noter car déjà, j'en ai oublié. je vous les mets en vrac... âmes sensibles, ne lisez pas, attendez l'article suivant ....
Matériel: je crois qu'on peut dire que le maitre mot, c'est "crade" ...
- d'abord le lit. structure en métal simple mais fonctionnant correctement. Pour le relever ou le descendre, une manivelle au pied du lit. Le matelas est fait d'une paillasse de crins d'environ 5 cms d'épaisseur et de trois petites couches de mousse d'un cm environ d'épaisseur, le tout recouvert d'une toile grossière en lainage grattant écossais. Là dessus, pas d’alèse, mais juste un simple drap d’hôpital pas trop sale, enfin juste avec des taches propres (ces taches qui ne partent pas au lavage). L'oreiller est fait du même matériel. Donc forcément, tout ça est très dur, mais surtout, ça semble être bourré d'acariens (et j'espère, rien que des acariens!). Comme Guillaume me disait que son dos le démangeait, j'ai regardé le matelas.... beurk.... quelques cheveux des précédents locataires, des années de poussière, etc...... de quoi irriter n'importe quel cuir !
- table de chevet, tablette au dessus du lit: déjà bien crade à l'arrivée, pas un seul coup de chiffon (désinfectant, n'en parlons pas!) en 6 jours.... heureusement, on a apporté ce qu'il faut!
- salle de bains: là, c'est le must de la saleté, je passerai certains détails trop dégoutants. Mais par exemple, un bassin coincé dans la fenêtre pas nettoyé depuis le passage du dernier utilisateur .... une douche qui fuit en permanence donc sol de la salle de bains toujours mouillé. Un jour, on voit passer la responsable du matériel qui arrive, la bouche en cœur, demandant si tout va bien, sûre d'une réponse très positive. Quand on lui a dit qu'elle devrait jeter un œil dans la salle de bains pour voir l'état de crasse, elle a perdu son air "tout est merveilleux" . En sortant de la salle de bains, la seule chose qu'elle ait dite est "il faut changer cette fenêtre"..... stupéfiant !!! par contre, le lendemain vient un bonhomme pour réparer la fuite d'eau permanente. Il a trouvé la meilleure solution: couper l'arrivée d'eau générale de la salle de bains. Ma foi, c'était pas une mauvaise idée pour la fuite, mais pour la chasse d'eau ? pas un seul nettoyage quelconque dans la salle de bains en 6 jours!
- lavage des sols: ils font ça trois fois par jour d'après ce que j'ai vu, avec un cérémonial bien réglé: d'abord une dame passe avec son balai indien fait de joncs de 80 cms de haut attachés entre eux par une ficelle. Elle tente de rassembler des poussières qu'elle essaie de ramasser ensuite avec un morceau de carton d'emballage déchiré. Vient ensuite, environ une heure et demi plus tard, un gars avec un bâton au bout duquel est accrochée une veille serpillière infâme qu'il fait valser en un mouvement circulaire sur le sol. Il "lave" même le balcon avec , mais pas vraiment sous les meubles et surtout pas dans la salle de bains.
Repas : au petit déjeuner, un verre de lait tiède avec un igli (sorte de quenelle faite de farine de riz)
déjeuner et diner, tous les jours la même chose: un gobelet de soupe de tomate, des oignons sautés, du riz gluant au cumin, des lentilles mixées, du yaourt amer et deux tranches de main de mie. Le premier jour, je n'étais pas là quand on a servi le déjeuner. Guillaume m'appelle et me dit "ils m'ont apporté mon déjeuner mais ils ne donnent pas de couvert..... tu peux m'en apporter une ?" Car comme tout est sous forme de bouillie, même avec les doigts, c'est difficile... enfin pour nous car eux, visiblement, ils mangent même ça avec les doigts! le gobelet, qu'on appelait "la timbale en argent" ..... le gobelet, donc était en inox. Ils l'apportent en début de séjour et on ne le change plus, on ne le lave pas .... Après le lait du matin, on verse directement la soupe de midi, puis le chai de 4 heures, puis la soupe du soir, puis le lait du matin suivant, etc.... s'il reste quelque chose au moment de le re-remplir, hop, on vide dans le lavabo et on remplit comme ça ..... Et pour finir l'anecdote du gobelet, le gars préposé au remplissage ouvre la porte et, du couloir, demande "tomato soup?" ou "chai?"... si on ne répond pas "yes" dans les trois secondes, il s'en va. Sinon, il faut lui apporter le gobelet. Quand le malade ne peut pas se lever, il vient le chercher, mais ensuite, il ne viendra jamais le poser à portée de mains, toujours sur une tablette le long du mur, à 3 mètres du lit. Donc souvent, Guillaume devait attendre que quelqu'un entre dans sa chambre pour demander qu'on lui donne son gobelet.
Avec tout ça, vous avez compris pourquoi, au bout de deux jours, il avait arrêté de manger!
Personnel
Je ne parle pas des médecins, eux, je les garde pour la fin .... mais des petits gars en uniforme bleu, crasseux qui passent pour tout et rien. La plupart sont gentils comme tout, tel celui qui venait s'installer pour discuter avec lui, mais tous, ils sont sans éducation, sans principe, parfois, on se demande même s'ils ont une jugeote.
Par exemple, un matin, à 5h20, deux gars entrent, allument toutes les lumières (il fait encore nuit ici à cette heure là), et crient "changement des draps" ..... Guillaume se réveille en sursaut, les fiche dehors vertement en leur disant que ce n'est pas l'heure!
Ou alors ces deux gars qui viennent, encore la nuit, allumant, encore, toutes les lumières, tirent le rideau entre les deux lits, s'assoient sur le lit vide et papotent en essayant leurs sonneries de téléphone....
Ou bien encore cette "aide-soignante" de nuit (ben oui, les trucs funs se passent la nuit!), qui entre, allume les lumières (décidément, ça ne les gène pas!), tire le rideau, et s'installe sur le lit d'à côté pour dormir .....
..... et j'en passe.....
la foule de visiteurs
Je vous avais dit que quand quelqu'un est malade en Inde, toute la famille, même éloignée, se déplace pour être avec le pauvre fatigué. C'est ainsi que dans les chambres, dans les couloirs, il y a une foule qui papote, qui joue aux cartes assis par terre, certains se battent, d'autres expriment à grands bruits leur humeur joyeuse ou triste, etc....
Souvent , la porte de Guillaume s'ouvrait, un passant venait voir LE blanc, puis repartait. Et toute la famille déboulait ainsi ..... une autre fois, un gars entre dans la chambre, dans la salle de bains, va faire ses besoins, et ressort.....
Bien entendu, que ce soit des visiteurs, du personnel de salle, des infirmières, personne ne frappe! Ce doit être un concept qui n'existe pas ici .
Infirmières
Infirmières françaises qui lisez cet article, sachez que vous êtes formidables!!
Le pauvre Guillaume revient avec des bleus partout sur les bras et les mains tant elles l'ont charcuté! faut dire que le garrot, elles ne connaissent pas. Pour faire une prise de sang, ou poser une perf, elles s'y prennent à 3: une tient le bras fermement, l'autre tape dessus et la troisième essaie de piquer quelque part. Résultat, perfusion bouchée tous les jours. Un soir, Guillaume m'appelle en me disant que sa main a quadruplé de volume, qu'il a coupé la perfusion, que doit-il faire d'autre .... dure nuit où deux infirmières ont tenté en vain de lui poser ailleurs. Après de nombreux essais, il les a viré et le matin, une des deux seules efficaces et sympas est venu et a su faire illico...
Elle n'ont pas non plus appris que certaines injections se font lentement. Elles arrivent et injectent tout d'un coup, ça fait suuuuuuuper mal !
Médecins
là, je ne peux dire que du bien, en tout cas de celui qui a pris Guillaume en charge. Comme c'était le plus important, nous avons fait fi des désagréments cités ci-dessus, pour ne regarder que la bonne prise en charge du Dr Naik. Chirurgien, mais pas interventionniste à tout craint. Il a tout fait pour éviter une opération, pour éviter une transfusion. toujours disponible pour venir prendre des nouvelles, expliquant tout ce qu'il fait, et pourquoi il ne fait pas autre chose. Très compétent, vraiment.
Administratif
Il faut savoir que quand on rentre dans un hôpital, même pour une urgence extrême, il faut de l'argent. On ne passe à la radio, au scanner, à l'écho, que quand c'est déjà payé. L'admission se fait en passant du guichet 5 au 2, puis au 7 et enfin au 3.....on laisse un bon déposit de départ, ça les rassure.
et la sortie: épique....
L'infirmière dit à Guillaume: "dites à votre femme d'aller au guichet 6 pour votre sortie". J'arrive donc au bureau des infirmières , demandant s'il fallait que j'ai un papier ou quelque chose pour aller payer, elle me dit que non, que j'ai juste besoin d'aller au guichet 9 !
J'y vais, là, on me fait signe, d'aller au 7.
"Je viens pour la sortie de mon mari"
"Name?"
Je lui dit le nom, il sort de devant lui le dossier médical qui avait du descendre du service et commence à le lire, une page par une page ..... arrivé au bout, il recommence du début, avec un stylo noir, fait des zigouigouis par ci par là, relisant toutes les pages, arrive au bout et recommence du début, cette fois avec un tampon bleu. Il tamponne à plusieurs endroits puis tapote sur son ordinateur. Toujours sans un mot, il passe le dossier à son voisin, le gars du guichet 8. Rebelote, celui-ci le lit du début à la fin, mais lui, avec un stylo rouge dans les mains (il avait même fait très attention à la couleur de son stylo), il met aussi quelques signes cabalistiques, arrive au bout et recommence ..... trois fois. A la troisième fois, il semble ennuyé et le repasse au gars du guichet 7. Imran, qui m'avait rejoint, lui demande s'il y a un problème. pas de réponse.....
On repasse au guichet 7. Le gars reprend encore une fois le dossier, du début à la fin, deux fois, trois fois .... mais qu'est ce qu'un dossier médical, avec examens cliniques, traitements donnés, températures, annotations, etc.... peuvent bien leur faire, à eux qui ne sont ni médecins, ni infirmiers .... il y a des choses que, décidément, je ne comprends pas...... bref, le gaston continue de son air très important à lire et annoter lorsque, de son ordi, il nous sort une facture. Un coup d’œil rapide et on s'aperçoit que ça ne correspond pas à la réalité, on n'a pas fait de paiement intermédiaire comme ils le marquent. Imran lui rend la facture, gaston la déchire et repart dans le dossier, sur son ordi , etc..... patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage .... et pour finir, le gars jette le dossier par terre et yes, voilà la facture!
Là bas, on paie tout et tout est détaillé, du soin infirmier, visite du
médecin, repas, seringues et cathéters, médicaments et même les sacs
plastique dans lesquels viennent les médics sont facturés. On a
l'impression de sortir d'une épicerie avec des tickets de caisse longs
comme un bras.
Bon, maintenant, direction le guichet 9 pour payer. Queue..... truandeurs de queue .... on finit par payer.... hourra, la sortie se rapproche!
Je remonte à l'étage, montre le précieux sésame à l'infirmière et lui demande quand on peut partir. Quand vous aurez la discharge card! c'est quoi? j'imagine que c'est la prescription de sortie..... je lui demande quand nous pourrons l'avoir. elle téléphone à .... je ne sais qui ..... "dans une demi-heure! là, ils sont en train de l'imprimer!" Je reviens, toute contente d'annoncer ça à Guillaume, je commence à ranger ses affaires dans le sac et on attend. Une heure et demi après, voici enfin la précieuse discharge card ! reste juste à enlever le dernier cathéter et hoooooooooooooop à la maison !
Retour à la maison, une très bonne amie italienne vient nous voir et me dit "please, delphine, next time, you promise me to go in another hospital! " ..... ben pourquoi? :)
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euuuuuuuuuuuh contente qu'il soit sorti!!!!
RépondreSupprimerC'est à devenir diiiiiiiiingue ! Bisous !
RépondreSupprimerTu es la reine de la patience...j'sais pas comment tu fais...bon t'as pas l'choix!
RépondreSupprimerCatherine .... de Crémieu ?
RépondreSupprimercomme tu dis, pas le choix!!
Eh ben ! De quoi animer les contes des veillées d'hiver, en effet, mais sur le moment... Ca doit faire drôle...
RépondreSupprimerEt tu verras, le plus étrange, c'est quand on rentre en France et que les amis ont un peu de mal à comprendre les réactions des "coloniaux" , par exemple : "Tu déménages à 15 km, ben d'accord, mais pourquoi ça t'angoisse autant ?"
Bon courage en tout cas ! On pense à toi !
La Louise
RépondreSupprimerc'est bien que guillaume soit sorti de cet enfer !!!
etonnant la reaction de ton amie italienne !! existe-t-il un autre hopital à Pune ??? qui soit moins vetuste ??? et dont tu n'aurais pas eu "vent" ??
Et dire qu'on se plaint de la nourriture dans les hôpitaux français! D'un coup, je n'ai plus trop envie de voyager. Bon rétablissement à Guillaume!
RépondreSupprimeril y a plein d’hôpitaux à Pune, donc deux particuliers où vont les expats. Ils sont tous les deux très modernes et à peu près propres (on n'a plus la même notion de la propreté quand on vit ici). l'un, horriblement cher, très prisé par les européens pour lequel tous nos amis indiens disent qu'on en sort plus les pieds devant qu'autrement. En fait, il se fait sa réputation par ce qui se voit et non par ce qui s'y fait...... L'autre, plus vétuste mais pas au point d'Inlaks avec de bons médecins aussi, mais les mêmes problèmes avec le personnel de salle, et les mêmes incompétences des infirmières. je pense qu'une autre fois, ce sera plutôt celui là ..... mais vraiment, je préfère qu'il n'y ait pas d'autre fois....... Quant à la nourriture, c'est partout aussi beurk .....
RépondreSupprimerJe viens juste d'avoir les infos car je n'avais pas consulté le blog depuis un petit moment. j'espère que Guillaume va se remettre de tout ça rapidement.A ce que j'ai lu, l Inde n'est pas le top pour les malades !!! Loïc de Nantes
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