FRO: Foreign Registration Office
c'est le bureau d'enregistrement des émigrés sur le fichier de la police, c'est ce qui permet d'avoir une carte spéciale , l'équivalent chez nous d'un permis de séjour.
FRO, ces trois lettres font pâlir tout expat qui y est, nécessairement passé, et, certains disent que celui de Pune est connu pour être le pire de toute l'Inde (mais bon, y'a toujours pire ailleurs à mon avis....)....
Certains y passent trois ou quatre fois une journée entière et ressortent à chaque fois sans avoir pu faire avancer leur dossier d'un poil ! D'autres, bien accompagnés , n'y passent que quelques heures, mais pour tous, c'est l'ultime mise à l'épreuve de la patience; quand on a passé le cap du FRO, on est prêt pour rester en Inde......
Donc hier, grande joie, nous devions aller au FRO tous les trois; Etienne a donc zappé sa journée de cours.
Depuis plusieurs semaines, Guillaume préparait le dossier, aidé de loin par un agent indien de Bombay. Il a du collecté des documents de toute sorte, les photocopier en X expemplaires, on a du aller se faire faire des photos dans un format spécial, .... bref, rien que le travail de préparation du dossier était lourd et délicat.
Nous arrivons donc à la grille du Commissionner Office of Pune, à l'intérieur duquel se trouve le fameux FRO.
Le trottoir devant la grille était défoncé, boueux du fait d'une récente averse; atmosphère humide mais pas lourde du tout car une jolie brise rafraichissait le fond de l'air et faisait bruisser les branches des arbres au dessus de nos têtes. La grille n'était ouverte que sur une largeur d'environ 60 cm, une grosse chaine reliant la partie droite de la partie gauche à un peu plus d'1 m 60 de haut, obligeant tous les gens plus grands que moi ( ça, c'est pas compliqué !) à se baisser pour passer.
Mais, attention, première épreuve: un cerbère à l'entrée nous explique, pas vraiment chaleureusement, qu'aucun sac ni mallette ne peut rentrer dans l'enceinte du Commissionner Office. Guillaume essaie d'expliquer que tous les documents sont dedans, parlemente et parlemente encore, mais rien n'y fait, le cerbère ne se laisse pas attendrir, et c'est ainsi que nous nous apercevons que tous les gens entrés ont leurs documents à la main, ainsi que leurs portefeuilles, passeports, etc.... et on nous explique qu'il faut laisser les sacs sur le trottoir, contre le mur...... dans la rue, donc! en effet, le long du trottoir sont amoncelés moult sacs à dos, mallettes, sacs à main, etc.... bien sur sans aucune surveillance ! voilà donc Guillaume qui remplit ses poches de son téléphone, ses sous, et tout ce qui a un peu de valeur , et nous laissons, en espérant les retrouver ladite mallette ainsi que mon sac à dos dans lequel j'avais pris le livre de chimie d'Étienne (puisque je savais que nous aurions à attendre, j'avais pris de quoi occuper le temps intelligemment), mais bon, tant pis, je laisse tout sur le trottoir .... à la Grâce de Dieu ....
et nous passons dans l'étroit passage entre les deux grilles et sous la grosse chaine. Devant nous une longue file de gens qui, comme nous, venaient se faire enregistrer. Nous devions prendre notre tour pour passer sous une bâche tenue par des bambous, sous laquelle une table à laquelle sont attablés trois gus en uniforme qui expliquent qu'il faut noter son nom, son adresse, cell n°, et encore tant d'autres choses, tout ça pour avoir droit de recevoir un petit bout de papier déchiré d'environ 2cm sur 2 cm sur lequel est noté avec un bic qui bave un numéro. Nous avions le 206. je ne sais toujours pas à quoi ça correspond.....
Alors que nous étions sous la tente, que dis-je, tente est un bien grand mot, disons la bâche kaki, une soudaine averse de mousson, donc bien bien forte, arrose généreusement tous ceux qui ne sont pas protégés ...... et nos sacs restés sur le trottoir ...... je regrette de plus en plus avoir pris le livre de chimie qui ne sera en rien protégé dans mon sac un peu vieux et plus du tout étanche , surtout sous une telle douche!
Ouf, nous retrouvons alors l'agent indien de Guillaume venu exprès de Bombay pour nous assister dans cette démarche d'enregistrement. Nous entrons alors dans le batiment: portique de détection (ça, on a l'habitude, il y en a à l'entrée de tous les magasins un peu modernes), nouveau cerbère avec un détecteur de je ne sais quoi qui fait bip , mais nous passons;
arrivée dans une sorte de hall, lumière blafarde; à droite, des fonctionnaires en uniforme assis derrière des tables et semblant papoter de tout et de rien et nous entrons à gauche dans une pièce d'environ 6m sur 20 semble être le cœur du bureau, là où tout se joue. Quelques sièges en métal à droite sur lesquels sont assis, en attente (de quoi? sur le moment, je n'en sais rien, mais après, je le saurai....) , des femmes, des enfants, certains dorment , d'autres transpirent allègrement..... car dans cette pièce dont les ventilos ne fonctionnent pas, il doit y avoir environ 200 personnes. Or, sur toute la surface de la pièce, plus des deux tiers est occupé par des bureaux séparés du public par de hauts comptoirs, donc la surface utile pour les demandeurs de carte n'excède pas 30 m². C'est dire l'impression de foule, l'étouffement , la chaleur, l'odeur, le bruit........ d'autant que tout se passe dans l'énervement, parfois les pleurs ou les cris. Il y avait une jeune européenne en larmes qui , à priori devait revenir pour la x.ième fois , sans résultat et qui craquait complètement. Nous nous frayons un passage au travers de toute cette foule pour aller à l'autre bout de la pièce, suivant notre indien qui semble savoir où aller; il s'arrête à un guichet, stoppe le demandeur en train de parler, squizze toute la file d'attente donc, et tend notre dossier à un fonctionnaire, avec lequel il devait être de mèche puisque celui ci n'a émis aucune remarque et a pris notre dossier. Nous attendions derrière , gênés tout de même de passer avant tous ces gens qui attendaient depuis des heures, mais bon ....
Le fonctionnaire zélé malheureusement rend à notre agent le dossier complet, car il faut d'abord passer par l'étape ordinateur.
Mince! On retraverse dans l'autre sens la foule compacte pour revenir à l'entrée , en face des sièges métalliques ; là, en effet, je découvre alors 4 ordinateurs hyper modernes (en tout cas pour moi qui suis une néophyte en la matière...) on dirait les consoles des techniciens qui envoient des astronautes sur la Lune, j'ai vu ça dans "Apollo 13"! derrière chaque ordi, une indienne clapotte sur un clavier, entrant des données dans l'engin; derrière chaque indienne, une file de demandeurs comme nous, attendant son tour. Encore une fois, notre agent slalome entre chaque étranger pour tendre à une préposée aux "consoles apollo 13" nos passeports et un formulaire appelé "form C"..... conciliabule de cinq minutes au bout duquel il semble qu'il faille changer d'endroit car notre form C n'est pas signé ni tamponné !
On sort donc de cette grande pièce , traversons le hall à la lumière blafarde et nous engageons dans un couloir sordide au dessus duquel un grand écriteau écrit en spaghetti ne nous indique donc pas sa destination! Au bout de ce couloir: cul de sac: à droite au fond , le chambranle d'une porte inexistante laisse apparaitre une petite pièce glauque de glauque!!!! Seuls guillaume et notre indien y entrent, Etienne et moi étant chargés de remplir trois "form A" (d'où ils sortaient, je n'en sais rien...... ) sur une table en formica sous laquelle dort un gars allongé sur un carton... toujours les mêmes infos demandées: nom, nom du père, date et lieu de naissance, passeport n°, date of issue, valid till, .... id pour le visa, adresse, cell n°, etc..... bref, on devient des pros à cet exercice là avec Etienne, on commence à connaitre tous les mots! Je pose un pied dans la pièce pour donner les trois formulaires à Guillaume. A ce moment, notre indien est en grande discussion, très très houleuse avec la préposée à la signature car elle ne veut pas signer notre papier, alors qu'apparemment, tout est en règle; en fait, elle croit que ce n'est pas l'original, que c'est une photocopie, donc elle essaie avec le doigt de faire baver l'encre, mais c'est de la bonne encre!!!!!!! Notre indien se met en colère, elle aussi, bref, je repars sur ma table dans le couloir car j'ai horreur de ce genre de trucs . Je les vois se fritter, il a du lui dire un truc pas cool parce que d'un seul coup, elle se lève de sa chaise , fait tanguer sa table qui ne tient que sur trois pieds, pointe son doigt vers lui comme si elle lui disait de partir........ Il discute alors avec Guillaume qui nous demande à Etienne et moi, d'aller prendre notre tour aux consoles apollo; eux, allaient arriver avec les papiers nécessaires.
Alors là, nouvelle épreuve ..... dans un jeu vidéo, j'aurais déjà atteint un bon niveau !!!
Je prends mon tour dans la queue et là, je me retrouve serrée de près devant et derrière par les gens de ma file, et à droite et à gauche par les gens des files à côté. Sachant que les ventilos n'étaient toujours pas en route, il faisait une chaleur à crever, on pouvait profiter pleinement des odeurs des uns et des autres et je vous laisse imaginer que ça ne sent pas le Chanel n°5 dans ces endroits là ...... Le gars devant moi a fini mais je n'ai pas les papiers donc je laisse passer la coréenne derrière moi .... nouvelle attente.... Etienne fait des allers retours entre Guillaume qui trie ses papiers dans le hall blafard et moi; je laisse encore passer un néerlandais, et puis un coréen , et je commence à ne plus tenir de chaleur et d'inconfort .... on attend notre indien qui a disparu et qui a les papiers nécessaires; comme vraiment, je ne tenais plus, Guillaume, qui avait fini de trier ses papiers, vient me relayer dans la file d'attente ...oooouf.... j'avise un siège métallique libre et hop, je saute dessus avec bonheur, d'autant qu'à ce moment là, les ventilos se mettent en marche! Nouvelle attente, guillaume laisse passer encore deux étrangers lorsque notre indien revient, enfin, et avec le "form C" signé et tamponné !!! Comment il a fait, on ne le saura peut être jamais .... mais tant pis, c'est fait, c'est le principal !!!
Et voilà, c'est notre tour et Guillaume commence à aider la clapotteuse de clavier à saisir les infos inscrites sur les formulaires préalablement remplis par nos mains. Voyant que c'était bien parti, notre indien s'eclipse, on saura où plus tard..... j'ai eu là, quelques dizaines de minutes à souffler sur mon fauteuil en ferraille .... cooooooooooooool ....
A peine notre préposée a-t-elle fini, qu'elle reçoit un appel sur son téléphone mobile accroché par une grosse sangle à sa ceinture, et elle se lève, quittant son siège, au grand désespoir des suivants dans notre file; elle nous fait signe de la suivre, nous traversons encore une fois la foule dense de la grande pièce et stoppons devant un comptoir où nous retrouvons notre indien. Là, notre clappoteuse écarte les premiers devant le comptoir pour nous mettre à leur place; j'ai vu le regard noir de la femme qui attendait ( depuis combien de temps? je n'ose imaginer....) et dont c'était enfin le tour!! Une nouvelle fonctionnaire nous prend en photo, nous faire signer virtuellement sur un tapis spécial et hop, c'est fini pour ce guichet là. Notre indien, lors de son moment d'absence avait tout goupillé pour que nous n'ayons pas à faire la queue pour la signature et la photo......
Puis direction le bureau auquel nous nous étions adressé en premier. Notre indien donne tout le dossier, mais ça ne va pas, il faut donner chaque partie séparément: d'abord tout ce qui concerne Guillaume c'est à dire une pile de 5 à 6cm de feuilles A4 , puis la mienne, un peu moins grosse, et enfin celle d'Etienne.
C'est à ce moment que Guillaume dit bonjour à une française de sa connaissance en Inde depuis 4 ans, qui venait chercher son nouveau visa; mais cette française était poursuivie par une cerbère de l'entrée car elle était passée avec son sac à main et sa mallette contenant un instrument de musique qu'elle ne voulait pas laisser à la pluie sur le trottoir! Explications houleuses, le ton est monté, les esprits se sont échauffés et pour finir, comme Etienne et moi n'étions plus indispensables maintenant que photos et signatures étaient entrés dans l'ordi, nous sommes sortis de l'enceinte du Commissionner office pour lui garder ses affaires pendant qu'elle en finissait avec son visa. On a su après qu'elle est ressorti sans car elle n'avait pas tous les documents nécessaires.....
Lorsque Guillaume et Anil (notre agent indien) sont sortis, disant que tout était ok, je me suis sentie bien soulagée! Vraiment je n'aurais pas aimé recommencer cette expérience comme le font la grande majorité des expat, 3 - 4, voire 5 fois, avant de se décider à venir avec un agent, qu'il faut , certes, payer, mais ça change vraiment tout..........