vendredi 28 septembre 2012

Ça commence comme ça ......

Valentin est arrivé avec le souhait de visiter plein de trucs, de découvrir la ville et un maximum de choses. Comme en plus, il voulait profiter de son séjour pour remettre au point certaines notions d'anglais bien enfouies au fin fond de son cerveau, nous sommes allés, dès le premier jour, voir Monsieur Jolly, un érudit  professeur polyglotte iranien  qui a fui son pays il y a une trentaine d'années lors de la chasse aux intellectuels, et s'est installé en Inde comme professeur de farsi, puis de marathi, d'hindi, de sanskrit, etc.... et  pourquoi pas prof d'anglais.
Donc dès le premier jour, Valentin est allé rencontrer celui qui serait son prof d'anglais, tous les jours, deux heures chaque matin. Ils s'entendent vraiment bien et il a bien plus appris en 10 jours avec lui qu'en 10 ans en France. Comme quoi y'a un problème parfois avec nos méthodes d'apprentissages ......

Puis le WE arrive...
Le dimanche, j'étais bloquée avec une exposition de peintures et photos pour laquelle on m'avait tellement téléphonée qu'à la fin, plus pour qu'ils arrêtent de m'appeler qu'autre chose,  j'avais donné mon accord pour exposer deux aquarelles; mais ça m'ennuyait profondément d'aller passer l'après midi dans ce hall d'expo. Etienne était avec des potes au cinéma pour voir un bollywood et Guillaume et Valentin avait prévu une belle balade en moto car il faisait un temps splendide.

Vers 5h30, je reçois un appel de Guillaume "euuuuh, voilà, on a eu un léger accident, rien de grave mais je crois qu'il vaut mieux que j'aille me faire faire quelques points de suture. J'ai besoin de toi pour venir payer...."

Je vous passe les détails pour en arriver au moment où je retrouve la voiture d'un ami dans lesquels étaient mes deux lascars, tous les deux couverts de sang, et Guillaume avec un énorme turban fait d'un linge cradoc, le tout bien hémoglobiné. Les quelques points annoncés semblaient n'avoir été qu'un euphémisme !!! Mais il est conscient, parle normalement, ne parait pas avoir de signes neurologiques alarmants donc je suis instantanément rassurée.

Je m'assure que Valentin va bien.... des poignets un peu esquintés mais surtout un choc émotionnel .... le chauffeur nous laisse Guillaume et moi à l’hôpital et raccompagne Valentin at home où il retrouvera Etienne.

Urgences d'un hôpital typiquement indien ..... comment décrire ça ...???  disons qu'ils font avec les moyens du bord, un pichet d'eau pour nettoyer les plaies et une grande bassine sous la table d'examen pour récupérer l'eau qui s'écoule d'une tête ouverte en cours de nettoyage ..... des gants stériles sortis d'une pochette en plastique qui n'a jamais été scellée .... mais ça, c'est vraiment anecdotique car je les ai trouvés d'une grande humanité et d'un professionnalisme parfait!

Une fois le turban ôté, comment dire sans heurter les âmes sensibles ...... disons que l'ouverture était im-pressionnante, im-portante, im-prévisible, im-cequevousvoulez ...... en tout, une vingtaine de cms si l'on comptait tout. Suture parfaite d'un médecin aux mains énormes et pourtant aptes à faire de la broderie de précision .
le problème, c'est qu'au moment de se relever de la table, impossible ...
Il avait déjà mal au thorax, très très mal, dans la voiture mais là, absolument impossible de se relever! Le médecin de garde nous demande si nous voulons une radio. Ben bien sûr!!!!!
Quelques côtes cassées dont une fracture très déplacée..... Comme au retour de l'X-Ray machine, les urgences ont tout à coup été assaillies de nombreuses personnes bien plus nécessiteuses, nous rentrons à la maison avec la consigne de revenir le lendemain pour voir un spécialiste.

Nuit très très longue et retour le lendemain avec Arnaud et Shaku.
En Inde, quand un membre de la famille a un souci de santé, toute la famille l'accompagne à l’hôpital. C'est ainsi qu'un employé est absent un ou quelques jours et revient la bouche en cœur, disant à son patron "j'étais allé à Bengalore parce la tante du cousin de ma femme avait mal au poignet et il fallait aller à l’hôpital" . Les hôpitaux sont donc surpeuplés mais avec un ration de 20 personnes pour un malade .....
Sachant qu'il serait peut être difficile de nous débrouiller dans cet endroit où le marathi reste la langue principale, avoir nos amis avec nous s'est révélé être d'un grand secours. En arrivant aux urgences, point de départ de tout, l'interne (? quoique vu ses capacités à lire une radio, si vraiment c'est un interne, au secours...) regarde donc la radio et se tourne vers Guillaume en disant "c'est bon, il n'y a rien!" ..... levée de boucliers!!!!!! j'allais lui montrer où étaient les fractures lorsque Shaku lui dit un truc en marathi, et lui, blêmit et sort..... "qu'est-ce que tu lui as dit?" - "Je lui ai dit: tais-toi, t'es nul ! va-t-en chercher quelqu'un qui sait!".....
et ça marche puisqu'il est revenu avec le chirurgien thoracique!

Là, ça a été parfait, il a tout de suite vu le problème, nous a demandé si nous voulions bien un scanner car il avait un doute sur l'intégrité du poumon. Ils demandent toujours car pour un indien, un scanner correspond à un demi-mois de salaire (50 euros), donc dans la plupart du temps, les gens refusent, ne peuvent pas se le payer (il n'y a pas de sécu comme chez nous!). Un quart d'heure après, le scanner était fait, ne montrait qu'un léger épanchement pleural, à priori réactionnel, donc sans gravité, juste à surveiller; donc nous repartons avec une liste d'anti-douleurs à endormir tout bobo !

Et voilà, c'est une affaire qui roule et il n'y a plus qu'à attendre ! j'ai retiré les points il y a quelques jours et la cicatrice est quasi invisible, c'est fou ! Il cicatrise encore comme un ado !!! Juste une légère balafre sur le front, le reste est dans le sourcil et dans les cheveux .... juste de quoi faire semblant d'être Harry Potter !

j'entends votre question: mais en fait, que s'est-il passé?
Sur une route de campagne alors qu'ils roulaient tranquillement, un tout petit bonhomme de trois ans environ est sorti du bas côté et a sauté sur la route comme un chien fou, allant de droite à gauche, complètement apeuré par la grosse machine arrivant vers lui et faisant du bruit. Pour Guillaume, le seul impératif était de ne pas le toucher et vu la course folle du bambin, la seule solution a été de se jeter à gauche, tombant sur des rochers. Tête contre rochers, thorax contre rochers.... qui gagne ? ben les rochers!
Valentin, lui, a pu s'éjecter avant, tombant dans l'herbe.
Mais le principal, c'était bien que le bambino soit sauf!!

Donc depuis, notre vie ici a été quelque peu chamboulée et le beau programme fait avec Valentin a été modifié...... Nous essayons d'aller faire des visites, mais on ne peut pas laisser Guillaume trop longtemps tout seul, bien qu'il soit très sage: on le pose dans un fauteuil et on part; quand on revient, il n'a pas bougé ! il est très obéissant! :)))))
Bien évidemment, pas d'arrêt de travail ..... donc dès le lendemain, on l'installe avec son ordi et son téléphone et d'une main, il tape ses mails, parle au téléphone, .... comme si de rien n'était .... mon oeil .... ça fait mal !

En 10 jours, avec tous les anti douleurs, la récupération a été fulgurante, trop fulgurante surement, car depuis trois jours, il ne s'économise pas et résultat, hier soir, 24h après l'arrêt des anti douleurs, après un diner avec des amis, il se retrouve à l'état initial ...... nuit trèèès difficile !
Pas d'affolement ! on va juste retourner à l’hôpital, faire la radio de contrôle que je voulais en début de semaine, refaire un plein de comprimés jaunes, rouges, blancs, de gélules roses et jaunes, etc....... et retour dans le fauteuil sans bouger !!!! je suis sûr qu'il redeviendra bien sage ! ;)

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