mercredi 22 juin 2011

Hier: après-midi de mousson dans un slum

Les filles n'avaient aucune envie de passer leurs vacances au bord de la piscine ou à ne faire que du tourisme. Donc nous avons pu nous rapprocher d'une Ong qui travaille avec les slums (bidonvilles).

Hier après midi, donc, nous voici parties avec une coordinatrice de l'ong vers un des 500 slums de Pune pour l'accompagner dans sa visite . 40% des habitants de Pune vivent dans des bidonvilles, sur une population d'environ 6 millions, ça fait ....trèèèèèèèèèès beaucoup!
Celui dans lequel nous sommes allées regroupaient environ 20 000 personnes.

La voiture nous laisse à l'entrée; nous descendons, mettant les pieds dans une immense flaque d'eau sur laquelle surnagent des détritus en tout genre..... une puanteur immonde fait vaciller notre système olfactif, mais zou, on l'a voulu, on continue !!!!  Et bien nous en a pris car ça a été une très belle expérience.

Une fois passée cette entrée nauséabonde, des amoncellements d'ordures pourrissantes, nous sommes dans une sorte de grande rue bordées d'échoppes en tout genre: réparateurs de pneus de vélo, épiciers, réparateurs de vieilles télés, écrivains publics, etc........

Nous suivons notre guide , nous perdant dans les ruelles, pour arriver à leur "office". C'est la base avancée de l'ong, en plein milieu du slum. Une baraque d'environ 20m², donc très grande: sol en béton, murs en béton, lumières électriques, des tapis par terre pour s'assoir, un tableau noir avec des lettres écrites en marathi, des dessins d'enfants au mur ...... super propre, gai, accueillant.
6 femmes étaient là, toutes travaillant pour l'ong, au service, donc, des habitants, et, comme nous le verrons, plus spécialement des femmes et des enfants. Chacune se présente, décrit la spécificité de son travail. c'est super intéressant. Nous aussi, bien sûr, nous nous présentons, et une discussion  vraiment intéressante commence.

Puis nous sommes allées nous perdre dans le slum avec la responsable de l'office, qui travaille là depuis 25 ans, qui connait tous les habitants par leur nom, leur situation de famille , etc.... Quand je dis perdre, c'est une façon de parler... les ruelles sont si étroites (à peine une largeur d'épaules), elles sont dans tous les sens, on en perd son sens de l'orientation...... Nous sommes en fait allées visiter des femmes dans leurs maisons et donc prendre conscience des programmes mis en oeuvre par l'ong.

Par exemple,  ils organisent une sorte de mutuelle de santé. Chaque femme paie 50 roupies par mois ce qui lui permet d'avoir des frais de santé remboursés pour la famille. Et puis surtout, ils les aident à gérer les ressources familiales. Par exemple, au début, ils leur montrent quelles dépenses sont importantes, quelles autres sont superflues, comment améliorer tout ça pour pouvoir économiser.

Nous avons visité une femme chez laquelle des femmes versent chaque mois  leurs économies, parfois jusqu'à 200 roupies, cela constitue un "pot" commun qui sert à aider les unes ou les autres lors d'une dépense importante telle une réparation de maison, mariage d'une fille, éducation d'un enfant, etc......
Une autre qui tient un petite boutique de tissus et banggles (bracelets typiques en plastique dont les femmes et les filles parent leurs poignets). Elle tient cette boutique depuis 20 ans et commence à gagner des sous. Elle a pu obtenir les fonds de départ grâce à un microcrédit alloué par l'ong.

Encore une autre, très vieille dame, qui devait subvenir aux besoins de ses petits enfants, suite à la mort de ses propres enfants. L'ong les aide financièrement car son mari , âgé aussi, ne peut plus travailler suffisamment pour assurer le ravitaillement  des huit personnes de la maison, mais aussi psychologiquement, car elle semblait vivre encore très difficilement la perte de ses enfants, spécialement son fils, tué il y a quatre ans.

Puis une autre qui tient une épicerie et participe au programme d'aide à la gestion des finances du foyer . Ici, on ne fait les courses que pour la journée; on ne fait pas de réserve. Si des amis frappent à l'improviste, on va chez l'épicier. Il n'y a pas de frigo et s'il y a des restes après un repas,comme rien ne doit être perdu,  ils sont resservis le lendemain, mais uniquement aux femmes, pas aux hommes! Les hommes doivent être protégés des maladies donc on ne leur sert que de la nourriture du jour. Il parait aussi, que, selon la tradition indienne, les femmes sont moins fragiles que les hommes.

Nous avons vu aussi une femme qui, depuis 20 ans, collecte les économies des autres. Elle va elle même les placer à la banque (car dans les slums, aucun particulier n'ose aller dans une banque, il y a trop de papiers à fournir, trop de lourdeur administrative), et avec ce "pactole", fait des prêts à ceux qui en ont besoin, à des taux, évidemment intéressants. Il ne s'agit pas pour elle d'un business, mais d'un service. Tout est vérifié par l'ong. C'est une personne de grande confiance. Elle a commencé ça il y a quelques années avec 10 femmes, et aujourd'hui, elles sont plus de 50 .

 Dans chaque maison, nous avons été très très chaleureusement accueillies; à chaque fois, les femmes nous offraient le thé. Nous avons vu des choses très belles, des bébés dans leurs berceaux de fortune (sorte de hamac en toile de jute pourrie pendu au plafond ), des gens au sourire merveilleux , des regards plein d'humanité......

Les maisons sont des habitations d'une seule pièce, faites d'une base en béton, ou en brique (enfin un truc du genre car je ne suis pas experte..... disons en dur!) et en tôle ondulée, le plus souvent peinte de couleur vive. Le sol est "en dur" aussi, parfois avec du carrelage, souvent sans mais toujours très très propre. Les murs, de plâtre, sont toujours peints, de couleur vive. Une seule porte, ou plutôt un rideau en tissu, pas de fenêtre. Un seul lit, et plein de tapis, ou de nattes, prêts à être sortis pour offrir aux visiteurs de quoi s'assoir (ben oui, pas de chaise!). Sous le lit ou dans le placard quand il y en a un, des couvertures, car la nuit, on dort par terre, sur une natte et sous une couverture.
Beaucoup de maisons ont leur propre robinet d'eau froide, souvent sur le pas de la porte, avec un trou d'évacuation à côté dans le sol. Mais parfois, c'est un robinet pour 8-10 maisons.

Devant le pas de la porte, il y a aussi un petit foyer fait de parpaings (enfin, un truc du genre car c'est plus petit), d'environ 25 cm de diamètre, avec une sorte de grosse gamelle du genre de celles des scouts posée dessus. le seul combustible autorisé est le bois car après le grand incendie qui a ravagé le slum il y a 5 ans, ni gaz, ni kérosène n'est autorisé . Ça sert à faire chauffer l'eau pour la toilette du matin. dans le coin cuisine, c'est aussi le plus souvent un foyer au bois , mais de plus en plus de petites cuisinières à deux feux alimentés par un petit (moins d'un litre) réservoir d'alcool .

Après avoir visité une dizaine de personnes, nous sommes retournées  à l'office. Elles nous ont montré le travail fait avec les enfants. En effet, elles accueillent les enfants dont les parents travaillent et qui n'ont personne pour les garder. Elles font aussi de l'alphabétisation et apprennent  à compter aux enfants qui ne vont pas à l'école, et surtout aux femmes illettrées.
On a réussi à "apprivoiser" un peu les petits enfants présents en apprenant le nom des animaux en marathi.


Un chaï, et nous voilà reparties vers l'entrée du slum.... encore cette odeur horrible, que nous avions oubliée le temps des visites.... mais comment peut pn passer par là plusieurs fois par jour, vivre à proximité, et supporter cette puanteur....?????? deux camions benne et ce serait fini.....

le ramassage des ordures est vraiment quelque chose qui n'est pas encore organisé en Inde. déjà, dans notre quartier, c'est pas forcément cool mais là, c'est pire que pire.....


Après-midi passionnante qui permet de connaitre  plus véritablement ce pays dans lequel nous vivons!
ça donne envie de s'investir ......

Je laisse  aux filles le soins de livrer elles mêmes leurs impressions dans le prochain article.



2 commentaires:

  1. Que d'émotions cela ravive en moi... je retrouve des similitudes avec ce que j'ai pu voir au Chili... habitations certes un peu plus grandes (la pauvreté est moins grande qu'en Inde), mais tout de même... le choc culturel reste important pour nous autres ! Au Pérou aussi... les bidonvilles de Lima... les odeurs... j'avais votre âge les jeunettes ! (attention, parce qu'après, on envie de repartir donner un coup de main :-))

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  2. ohhh, mais elles y pensent sérieusement ! faut dire que c'est difficile de voir ça et rester sans rien faire après!

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