lundi 26 novembre 2012

chapelle Ste Catherine



There in Egypt, all the sages by a woman were conviced that gender is not of the essence in matters of intelligence. (chant religieux “Santa Catarina” – 1691 )

Après l’imposante basilique du Bom Jesus, la splendide église St François d’Assise et la majestueuse Sé Cathédrale, portons nos pas vers cette petite chapelle, cachée en contrebas , toute humble et sans visiteurs ….  Elle mérite qu’on aille lui faire un petit coucou.

Pour y aller, il faut trouver le petit chemin étroit de pierres, qui descend entre St François d’Assise et une sorte de cimetière. On ne voit pas bien où mène ce chemin, mais confiance … on y va …

 

 



Si l’on regarde la chapelle et puis les autres structures monumentales citées ci-dessus, il est évident qu’elle n’est pas en harmonie avec ce sentiment de grandeur et d’opulence que dégagent les autres. C’est vraiment l’humilité qui caractérise cette petite chapelle, et son histoire l’explique.

Novembre 1510. Les  hommes d’Adil Shah cédaient le pas après 10 mois de siège difficile, pas seulement pour eux mais aussi pour les portugais, acculés à la mer, loin de leur pays, loin de leurs familles.  La première chose que firent un capitaine et son équipage reconnaissant, fut d’ériger une chapelle de chaume. Il était normal pour les nouveaux dirigeants de Goa, de déclarer la sainte que l’on fêtait ce jour là, sainte Catherine d’Alexandrie, sainte patronne de  la nouvelle ville.


La chapelle originale fut construite de manière impromptue sans réflexion sur le style, l’architecture ou le design. Construite par les marins et les soldats eux-mêmes, de terre rouge et du chaume, elle était vouée à la destruction par le vent et le feu, ce qui fut le cas en 1512. Rebâtie alors dans la foulée en vraies pierres, elle reste simple, avec juste un seul autel sobre et deux tours sur la façade.


Adil Shah avait placé les portes de la ville avec le plus grand soin, l'une d'elle au plus près du port sur la rivière Mandovi, port qui avait énormément prospéré durant son règne. Les portugais se sont emparé de ce port, bloquant les relations commerciales, avant de s'emparer de la ville elle-même. C'est donc à cet endroit que fut érigée la chapelle, pour des raisons à la fois sentimentale et stratégique. Le quai fut appelée le quai Sainte Catherine. C'est là que fut construit aussi l’hôpital et l'armurerie, un peu en dehors de la ville pour protéger celle ci en cas d'explosion, mais au plus près de la chapelle pour se sentir sous sa protection.




Aujourd'hui, vide et solitaire, la chapelle n'a certes pas la grandeur des autres églises monumentales de Velha Goa, et cachée derrière et au pied de ces dernières, on pourrait facilement la manquer. Mais allez marcher un peu par là, vers ce qui semble n'être rien d'intéressant, et vous serez transporté dans un écrin calme et reposant dont vous ne soupçonniez pas l'existence.










dimanche 25 novembre 2012

Sé Cathedral

La Sé Cathédrale de Velha Goa (Vieux Goa) est peut être le bâtiment le plus important à voir du point du vue historique. Certaines sources disent que la signification de Sé est simplement cathédrale, ce qui voudrait dire qu'on pourrait  donc l’appeler simplement LA cathédrale.  En fait son nom complet en portugais est
Sé Patriachal e Primacial. 

En 1510, l'armée portugaise, sous le commandement d'Alburquerque, défait celle du sultan de Bijapur sur le sol même où nous trainons les pieds aujourd'hui. Dès lors, Goa, devenant officiellement propriété portugaise, il faut construire une église, que dis-je, une cathédrale. Ce sera celle-là, qu'Alburquerque demande de placer sur les lieux même de la porte qui lui permis d'entrer victorieux dans la ville.  Sa construction est le signe fort indiquant que les portugais s'installent de manière permanente sur le sol de Goa.

En 1534, elle sera dédiée à Sainte Catherine d'Alexandrie, en référence à la victoire d'Alburquerque qui eut lieu le 25 novembre, jour de la sainte Catherine. Il y a 502 ans aujourd'hui ! Le hasard fait bien les choses ;) . On l'appelle dès lors également la cathédrale Sainte Catherine.



J'ai eu beaucoup de mal à prendre la façade car le soleil était pile derrière donc impossible de la prendre de face sans quoi, le contrejour eut été terrible... mais bon, vous la voyez néanmoins à peu près.

Allez, j'emprunte une photo sur internet (merci wiki!) de manière à ce que vous puissiez voir mieux la façade et surtout le clocher car je voudrais vous parler du clocher.
Vous voyez que la façade est asymétrique, avec un seul clocher sur le coté gauche. En fait, au départ, il y en avait deux, bien symétriques. Seulement voilà, en 1775, la foudre tomba sur le clocher de droite, qui s'écroula bel et bien. Après diverses délibérations, il fut décidé de ne pas le reconstruire, de laisser la structure ainsi. Si vous vous promenez dans l'état de Goa, vous verrez qu'il y a plusieurs églises n'ayant qu'un seul clocher comme Sé, spécialement dans le sud. Elles ont été construites postérieurement, et délibérément avec un seul clocher. L'éclair avait lancé la mode!
Dans ce clocher, cinq cloches. La plus grosse, appelée St Pierre, ou "the Golden", a été coulée en 1652 à Cuncolim, à plus de trente kilomètres au sud. Cuncolim, on en reparlera plus tard (rappelez-le moi si j'oublie)... Donc cette cloche  a ceci de particulier que de l'or a été coulé en même temps que le bronze, ce qui lui donne un timbre particulièrement chaud.

Comme pour St Francisco de Assisi, on peut voir que la restauration faite au 17° siècle a conservé des éléments de la construction primitive du siècle précédent, tels portails ou encadrements de fenêtres. Tout le reste est recouvert de chaux. Bien entendu, dessous se cachent encore des murs de latérite. Colonnes à chapiteaux corinthiens pour le portail principal et doriques pour les autres.


Bâtie selon le style toscan à l'extérieur, baroque portugais à l'intérieur, 37 mètres de hauteur sous la voute, 76 mètres de long pour 55 mètres de large au niveau du transept, ce qui fait d'elle la plus grande église de Goa. Double nef, avec 8 chapelles latérales, transept contenant lui-même 6 autels secondaires.... il y a décidément lieu de passer du temps à admirer.... on y reste autant que vous voulez, je m'y sens bien dans cette église!

Comme je suis entrée par une porte latérale, je vous fait découvrir le transept gauche en premier lieu, avec l'autel de "Our Lady of Three Necessities".

et là .... en fait, je ne sais pas si c'est l'autel de Notre Dame d'Espérance  (Marie est là criblée de flèches, donc pour l'Espérance, y'a mieux...) ou celui de St Georges ( car au dessus de Marie, il semble que ce soit St G.). C'est difficile après coup, et de toute façon, il n'y avait rien de marqué....

Quand on est dans le transept gauche, on ne se doute pas de ce qu'on découvrira en arrivant devant le chœur.... c'est époustouflant....
Derrière l'autel, un retable gigantesque, totalement en bois sculpté et doré, grande tradition portugaise, retrace la vie et le martyr de Sainte Catherine d'Alexandrie. Je laisse les intéressés trouver eux-même l'histoire de la vie et de la mort de cette femme exceptionnelle, c'est passionnant. Voici juste quelques vues :

Ste Catherine discutant avec les 50 philosophes convoqués par l'empereur Maximin:

sa décapitation

corps de Ste Catherine emporté par les anges et déposé dans son sépulcre sur le Mont Sinaï


détails du retable


les orgues, dont on dit qu'elles sont les plus grandes et plus belles orgues du 19° siècle de toute l'Asie ...... je n'en mettrais pas ma main au feu, mais bon, si ça leur fait plaisir de dire ça, pourquoi pas...

Baladons nous dans la nef


porte de la chapelle du Saint Esprit:
toute de bois sculpté..... un travail magnifique, même de près

Le retable de la chapelle tombe en décrépitude et vous voyez qu'il ne tient que par des cordes l'entourant ..... triste..... mais le travail de sculpture est splendide. On y voit Marie, le jour de la Pentecôte, entourée des apôtres, tous barbus sauf Saint Jean.
C'est dans cette chapelle que sont enterrés les bienheureux martyrs de Cumcolim. C'est qui? 
Et bien ce sont 5 jésuites qui arrivèrent en 1585 pour voir où ils pourraient construire une église, mais les villageois s'étaient donné le mot et arrivèrent à une bonne centaine, armés de couteaux, cimeterres, arcs et flèches, etc..... et firent subirent aux moines et leurs compagnons un supplice terrible que je ne détaillerai pas ici . Puis ils jetèrent leurs corps dans un puits. On les en sortit deux semaines et demi plus tard sans aucun signe de décomposition. Enterrés dans une église voisine, ils y restèrent jusqu'en 1597. Mais il devint de notoriété publique que des guérisons eurent lieu après avoir bu l'eau de ce puits, donc les dépouilles de ces jésuites furent alors ramenées sur Velha Goa. Les gens venaient de tous les coins de la colonie portugaise pour boire l'eau réputée miraculeuse de ce puits. Après enquête, le martyr des jésuites fut prouvé ainsi que les guérisons surnaturelles après boisson de l'eau du puits et ils furent déclarés bienheureux en 1893.

Il y a aussi beaucoup de peintures dans cette église. Elles sont un peu disséminées, en voici deux


chapelle de St Antoine
Je m'aperçois qu'on n'a pas trop de référentiel sur les photos qui permette de réaliser la taille de ces ouvrages... Ce retable mesure environ trois mètres de haut. Le Saint lui-même mesure un bon mètre de haut par exemple.

Je ne mets pas de photo de toutes les chapelles, vous viendrez voir vous-mêmes .... donc je passe directement à celles du côté gauche de la nef.

Notre Dame de Vie, représentée entourée de 7 médaillons symbolisant les 3 vertus théologales et les 4 vertus cardinales.

Et là, on arrive à la chapelle du Saint Sacrement. Porte splendide, magnifiquement ouvragée ainsi que l'arche qui l'entoure.
La porte est fermée, mais je vais glisser mon œil et ... c'est fabuleusement extraordinaire même si ce n'est pas très éclairé. On l'appelle aussi la chapelle de la Croix Miraculeuse
Le matin du 22 février 1619, des bergers trouvèrent une croix en bois de teck et l'accrochèrent à un rocher pour en faire un repère. Le lendemain, quand ils revinrent, ils furent surpris de voir une forme humaine clouée sur la croix avec la tête levée, les mains tendues, les pieds attachés ensemble, une serviette blanche autour de la taille, le corps couvert de blessures et ensanglanté, une couronne d'épines sur la tête et un halo de lumière autour de lui. Tout le village voisin accourut et resta ahuri par cette vision.
L'archevêque, Dom Fr Christovão de Lisboa, demanda que l'on convoie cette Croix en procession solennelle vers l'église la plus proche sur les épaules des chanoines et du chef des fonctionnaires publics. Une enquête canonique fut menée , révélant que de nombreuses guérisons miraculeuses eurent lieu, rien qu'en touchant la croix. 
Le 5 mars suivant, jaillissait du rocher un flot d'eau très important qui coula sans interruption pendant un jour et une nuit. L'archevêque délégua un groupe de savants pour étudier le rocher, et dans le même temps ordonna jeûne et prière à tous les couvents et églises du diocèse. Ne trouvant aucune cavité dans le rocher qui aurait pu receler une telle quantité d'eau, on déclara le phénomène surnaturel. 
On fit alors construire une église spéciale  pour y mettre la croix. Au moment de l'y emmener, elle ne put jamais passer dans la porte par laquelle elle était entrée; à la stupeur de tous, elle avait doublé de taille. Il fallut séparer la partie horizontale de la verticale pour la sortir.
C'est en 1845 que la Croix Miraculeuse fut installée dans cette chapelle de la cathédrale où elle se trouve toujours.

Difficile de retirer son regard de la porte ajourée .... et pourtant, il faut bien lever le camp.....

Dernier coup d'oeil et je sors de Sé Cathédrale, un tour dans le jardin attenant, un panoramique de cet endroit bien agréable et zou, direction l'est pour de nouvelles découvertes....



Et voilà, alors avec tout ça, on peut dire.......
 BONNE FÊTE CATHERINE !

samedi 24 novembre 2012

Ancien palais épiscopal

Juste entre St François Church et Sé Cathedral, l'ancien palais épiscopal, c'est à dire, là où vivait l’évêque.

Rappelons que la conquête de Goa par les portugais date de 1510. Dès 1533, le  pape Clément VII érige le diocèse de Goa. Celui-ci est énorme en superficie puisqu'il s'étend du cap de Bonne-Espérance à l'ouest, jusqu'à la Chine et au Japon à l'est. Puis, en 1557, il devient archidiocèse, avec Cochin et Malacca en Malaisie comme diocèses rattachés.

Donc, dès lors,  un archevêque vivra dans ces murs. 
Curieusement, alors que ce palais a été construit  aux mêmes époques que les deux églises mitoyennes (mi-16° siècle), il n'est pas richement décoré comme peuvent l'être les façades des dites-églises. Je ne savais même pas ce qu'était ce bâtiment jusqu'à avoir fouiné dans mes bouquins (ben oui, je suis encore de la génération bouquins, j'ai pas toujours le réflexe internet !). A la fin du 17°, lorsque le Goa de l"époque fut déclaré insalubre, l’archevêque déménagea et alla, comme tous les habitants à Panjim, la nouvelle ville de Goa.
On dit de ce palais épiscopal qu'il est un des rares et des plus fins exemples de l'architecture domestique indo-portugaise du 16° siècle, et comme, en plus, il est intact, ça donne une idée de ce que devait être cette vieille ville de Goa il y a 450 ans. Tiens, à propos, j'ai appris un truc super intéressant dans mes bouquins: Savez vous pourquoi les maisons sont peintes de toutes les couleurs? c'est parce que la blancheur des églises, due au badigeon de chaux qui recouvre les murs de latérite, cette blancheur était réservée aux édifices religieux et il était interdit aux particuliers d'avoir une maison blanche. Aujourd'hui, il n'y a plus d'interdiction, bien sûr, mais c'est resté dans les mœurs et j'aime beaucoup !
Le palais était fermé ce jour là (comme beaucoup d'églises que je n'ai pas pu aller voir... sniff.... mais tant mieux, ça donne une excuse pour y revenir :))))  ), mais sinon, il est toujours utilisé pour des réunions ou des évènements. Les murs sont soit peints au pochoir, soit décoré par graffito c'est à dire qu'on peint le mur d'une couleur et ensuite, par gravure ou entaille, on fait apparaitre un dessin.
L'entrée principale se faisait sous ce porche.On devait monter un escalier car les pièces principales étaient à l'étage. Au rez de chaussée, c'était les communs.



Les décorations au pochoir dans l'escalier .... à restaurer....

A cette époque, ils n'utilisaient pas de vitres pour les fenêtres mais des petites lamelles de nacre plus ou moins superposées en colonne. Vous les devinez sur la photo ci dessous. Ils les ponçaient tant et si bien qu'elles finissaient par devenir quasiment transparentes et donc la lumière du jour éclairait les pièces sans problème. Certes, il en fallait beaucoup, mais Goa n'est-elle pas en bord de mer?
Pour la petite histoire, les archevêques vivaient là somptueusement, mais il en est un -je n'ai pas trouvé son nom- qui tous les jours, prenait ses repas avec 12 personnes pauvres choisies par les domestiques parmi la longue file d’indigents venant chaque matin faire la queue, espérant avoir la chance d'être admis dans la place.