HAMPI ,VIJAYANAGAR , Cité de la Victoire.....
Splendeur d'une dynastie disparue, Hampi, ou plutôt Vijayanagar, la Cité de la Victoire, a conservé d'étonnants vestiges qui se dressent aux bords de la Tungabhadra. Ses ruines
gisaient à l’abandon lorsque des travaux furent entrepris par une équipe
d’archéologues dans les années 1960 pour restaurer cet immense espace jalonné de
ruines d’édifices publics, royaux et religieux, témoins de cette cité, jadis immense qui dominait tout le sud de l’Inde et qui opposa un pouvoir unifié face à
la menace musulmane jusqu’en 1565. Mais ces ruines ne seraient pas aussi envoutantes si elles n'étaient pas enchâssées dans un paysage grandiose de gigantesques rocs de
granit, de rizières luxuriantes et de bananeraies.
Ce n'est pas pour rien qu'il s'agit d'un site classé au
patrimoine mondial de l’Unesco. On peut s'y arrêter, et contempler pendant
des heures ces étonnantes accumulations rocheuses, ce granit qui semble
avoir été transporté à dos de géants et sculpté par une érosion
fantaisiste.
Vijayanagar, capitale du dernier grand empire qu’ait connu l’Inde médiévale, dont les
souverains, artistes et chefs de guerre, commerçants et fins
diplomates, se rendirent maîtres d’une grande partie de l’Inde du Sud,
entretenant des relations diplomatiques avec les grandes puissances du
temps,
de la Chine à la Perse, et drainant vers les bazars de leur capitale
toutes les
richesses du monde.
Le site sur lequel fut fondée Vijayanagar fut choisi avec subtilité ; d’un coté un
torrent impétueux et très peu guéable, et de l’autre côté des collines
escarpées, des espaces parsemés d’énormes
rochers massifs, des collines rocailleuses pour le moins, en sont de solides
défenses. Les fondateurs de la cité furent sans nul doute inspirés par ces
facteurs pour y installer leur capitale impériale...
mais aujourd'hui, c'est simplement Hampi... petit village sur la rive sud du Tungabhadra,
dans le district de Bellary, dans l’état du Karnataka.
Mais qu'allai-je donc faire dans cette .... ben non, c'était pas une galère! hahaha, au contraire!
En
fait, il y a quelque temps, une amie de France me dit qu'elle vient
passer un mois en Inde en février et qu'il serait bien qu'on puisse se
voir, qu'elle serait à Goa tout le temps, sauf deux jours à Hampi .
Alors comme je rêvais depuis longtemps d'aller y trainer mes galoches
tant ce site me paraissait somptueux, je décidais, avec, bien sûr,
l'accord de mes deux zhommes qui gentiment m'ont laissée partir
(attention, j'avais rempli le congélo!!!), de profiter de l'occas.
Pune-Hampi,
par Hospet ..... soit 12 heures de train, soit 11 heures de bus....
j'ai choisi le bus de nuit. Départ dimanche soir dernier. 11 heures de
bus sans arrêt sauf au petit matin sur le bord de la route pour que les
hommes aillent se soulager le long des champs de cannes .... et les
femmes? ben non, elles attendent !!!
Arrivée
à Hospet avec une heure de retard, un rickshaw et direction Hampi où je
retrouve Élisabeth, son mari, sa fille et leurs amis à la Guest House
où ils étaient arrivés la veille au soir. J'étais passablement fatiguée,
vous pouvez l'imaginer, mais bien excitée par cette rencontre rigolote.
Après un petit déjeuner salvateur, nous voici partis à la découverte du site.
Mais si vous voulez en profiter, un peu d'histoire d'abord!
Le site de
Vijayanagar était déjà occupé depuis le néolithique comme l'atteste la
découverte de poteries peintes près du temple de Vitthala. La région avait été
sous la domination de plusieurs peuples jusqu’au XIV° siècle et la puissance de ses souverains s’accrut petit à petit, comme celle de leurs voisins les Bahmani musulmans de Gulbarga et Bidar.
L'arrivée au pouvoir de la dynastie des bâtisseurs se fonde à la fois sur l'histoire et sur la légende.
C'est là que, dès l'origine des temps, Shiva aurait épousé
Pampa (dont dérive le nom actuel de Hampi) , avatar de Parvati et fille de
sage; Le lieu est également lié au
Ramayana puisque dans cette épopée, cette région
était Kishkinda, le royaume des dieux singes. A la recherche de Sita, enlevée par le roi de Ceylan, Rama aurait
fait halte en cet endroit ; il y rencontra un roi singe déchu qu’avait
accompagné dans son exil son général, Hanuman. On sait que ce dernier se mit au
service du héros et conduisit ses armées à l’assaut de Ceylan.
Quant à la
fondation même de la cité, elle serait l’œuvre des fils du souverain hindou
Sangama, qui donna son nom à la première dynastie de Vijayanagar. En 1335,
l’empire fut fondé par trois des 5 fils de Sangama : Harivara, Kampa et Bukka.
On raconte que le
prince Harihara, un jour qu’il chassait dans la contrée, vit le lièvre qu’il
poursuivait se retourner et mordre son chien. A l’ermite qui vivait là, il
demanda la signification de ce prodige : « établis une capitale en ce
lieu » lui répondit le sage Vidyaranya qui devint le gourou des premiers
rois de Vijayanagar.
Et c'est ainsi que les princes télougou Harihara, Kampa et Bukka fondèrent la cité de
Vijayanagar qui, au cours des deux siècles suivants devint un des plus grands
empires hindous de l’histoire indienne.
Depuis Vijayanagar, ils reprirent aux Hoysala les territoires du sud du
Karnataka. Puis ils regagnèrent la plupart des terres conquises aux sultans de
Delhi, vassalisant les princes de la région jusqu’à la pointe du Tamil Nadu, à
l’exception de la côte de Malabar.
Dès lors, les souverains Bukka 1
er, Devaraya II , Krishnadevaraya et Achyutadevarya consacrèrent les divers impôts et tribus à la construction d’une capitale
impériale. Cette dernière était si vaste et si riche, ses édifices étaient si
somptueux et ses princes si grandioses que les visiteurs la comparaient à Rome.
Le royaume atteint son apogée au XV° siècle. La ville et ses faubourgs,
entourés de sept enceintes fortifiées, couvraient 650 km² et comptaient environ
500 000 habitants. Les voyageurs étrangers italiens, persans,
arabes, sont unanimes à s’émerveiller de ses splendeurs : ils y découvrent
un merveilleux réseau d’enceintes concentriques, de somptueux palais aux toits
recouverts d’or rehaussé de pierres précieuses, mais aussi la foule de
commerçants venus du monde entier pour y négocier diamants et pierres
précieuses, chevaux et perles, épices et riches étoffes dont regorgeaient les
boutiques et entrepôts.

Parmi les grands rois, Krishnadevaraya qui régna de 1509 à 1529. Celui-ci rédigea
l’Amuktamalyada, poème épique en telugu, racontant le mariage de Vishnou avec
la poétesse Goda. Dans cette pièce, il énonce en
outre les caractéristiques idéales d’un bon monarque et les principes d’une
bonne administration. Il écrivit également une pièce de théâtre en sanscrit,
l’Ushaparinayam. Protecteur des arts et des lettres, il fit de sa capitale le
centre de la culture hindoue dans l’Inde méridionale. Homme de guerre avisé, il
se débarrassa de l’ennemi traditionnel les Bahmanides au Nord, pour se lancer,
comme ses prédécesseurs, à la conquête de l’Orissa.

Victorieux, il ordonna, sur
le chemin du retour, la construction de gopurams monumentaux dans les grands
temples de ses Etats. Il entretint les meilleures relations avec les Portugais
qui venaient de s’établir à Goa et accueillit à sa cour leurs marchands qui
laissèrent des descriptions éblouies de leurs séjours. Il a
également initié les projets d’irrigation et construit un large réservoir près
d’Hospet. Duarte Barbosa et deux chroniqueurs portugais Paes et Nuniz qui
étaient des visiteurs coutumiers de Krishnadevaraya, ont laissé des écrits
ventant sans relâche la magnificence de la cité.
Peu après ce moment de gloire, survint la fin brutale de
l’empire.
A la suite de plusieurs meurtres des successeurs, ce fut Ramaraya,
propre gendre de Krishnadevaraya qui prit le pouvoir. Mais celui-ci alla
tremper louchement dans les affaires des sultans du Deccan, tentant de les
monter les uns contre les autres .
En 1565, une armée musulmane rassemblant les cinq émirats
issus du démembrement du royaume bahmanide écrasa les troupes hindoues à la
bataille de Talikota.
Les forces de Visjayanagar furent d’abord victorieuse mais
la traitrise de deux de leur généraux entraina la défaite totale.
Bientôt, la capitale fut prise et livrée au pillage durant
cinq mois au terme desquels il ne resta que des ruines fumantes car on brûlait les constructions pour fondre les objets en or .
Des édifices en pierre, toutefois, il reste encore
d’importants vestiges. Le site s’ordonne autour de deux grands axes : la
cité royale et la cité religieuse, auxquelles viennent s’ajouter des monuments
de moindre importance.
Aujourd’hui, les batailles opposent ceux qui
veulent préserver les ruines et ceux qui y vivent. Bien que le site ait été
classé au patrimoine mondial en 1986, seuls 58 de ses 550 monuments sont
protégés. En effet, des commerces s'étaient installés dans d'anciens temples et il a fallu procéder à des expulsions. C'est ainsi que nous avons cherché longtemps un estaminet pour notre diner du soir: il était indiqué comme valant le détour sur le guide mais en fait, avait été expulsé un an auparavant....
A l’origine la ville avait sept lignes de fortifications.
Seule la plus proche de la ville est à peu près préservée.
Des
fortifications existantes, les caractéristiques
les plus importantes et intéressantes sont les murs massifs et
des portes solides.
Les murs sont construits en gros blocs de pierre de taille, sans aucune matière jointive. La méthode de construction est tout à fait intéressante: les 2 parements des murs sont faits de grosses pierres calées avec leurs pointes placés vers l'intérieur du mur laissant au milieu un espace qu'on remplissait de terre.
Les portes de pierre semblent avoir eu à l'origine
des ornements de briques et des superstructures de mortier sculpté. Elles étaient suffisamment larges et élevées pour permettre aux éléphants de les emprunter.
Dans les grandes lignes, les ouvrages religieux présentent tous la même
disposition : une longue allée processionnelle où les idoles, juchées sur
leurs chars de cérémonie, étaient exhibées à la foule lors des grandes fêtes
religieuses. Le temple principal est
enfermé dans une ou plusieurs enceintes dont les hauts gopurams, emprunts à
l’architecture tamoule, marquent les accès. Classiquement, on trouve, dans l'enceinte, deux antichambres et un rangamandapa, salle hypostyle fermée avec deux entrées latérales, et parfois un déambulatoire autour du sanctuaire, ainsi qu’un
mandapa ouvert en avant du rangamandapa.
Les sculpteurs déployaient leur art sur les mandapas
qui étaient sculptés de façon élaborée et dont l'agencement des piliers était symétriquement organisé. Les plafonds aussi étaient sculptés et il semble qu’ils étaient
peints aussi à l’origine. Le plus souvent les marches d’entrée des mandapas étaient
flanqués de balustrade en forme d’éléphants.
Bon, maintenant, il semble que vous soyez prêts pour la vraie visite! sauf que là, c'est le soir ici et je ferai les articles suivants demain, si j'ai le temps........